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lundi 13 février 2017

Europe : et si le «plan B», c'était l'Union méditerranéenne ?

Dans son nouvel essai, le politologue Thomas Guénolé propose notamment la création d'une véritable Union méditerranéenne, qui pourrait servir de «plan B» face à une Union européenne en crise.
 

Cela avait été l'une des principales surprises du quinquennat de Nicolas Sarkozy: promettre le soir même de son élection une réconciliation historique des peuples du pourtour méditerranéen, puis fonder dès 2008 l'Union pour la Méditerranée (UpM). C'était cependant en réalité une simple relance du Processus de Barcelone lancé il y a plus de vingt ans pour créer progressivement un espace économique commun euro-méditerranéen et des coopérations renforcées en matière de sécurité. De fait, tout comme le processus de 1995, l'UpM de 2008 incluait d'une part les pays non-européens du bassin méditerranéen volontaires pour y participer, d'autre part l'Union européenne tout d'un bloc: ceci, quand bien même la cohérence géopolitique d'un projet méditerranéen étendu à la Suède ou à l'Irlande n'est pas évidente. En d'autres termes, en 1995 comme en 2008 il s'agissait, non pas de fonder une construction méditerranéenne distincte de la construction européenne et qui s'y superposerait en partie, mais plutôt de transformer les rives sud de la Méditerranée en une sorte d'«espace vassal» de l'Union européenne.
"Le contexte est aujourd'hui très différent de celui de 2008 et a fortiori de celui de 1995."
Le contexte est aujourd'hui très différent de celui de 2008 et a fortiori de celui de 1995. Changement fondamental: non seulement l'harmonie du couple franco-allemand, garante du bon fonctionnement de l'Union européenne, ne va plus de soi, mais il y a aujourd'hui au contraire une profonde divergence d'intérêts et de vision européenne entre Berlin et Paris.

L'Allemagne de ce début de XXIème siècle a progressivement constitué un grand bloc économique central-européen, qui répartit les tâches et la valeur ajoutée comme suit: elle-même joue le rôle de grand atelier d'assemblage et de centre d'exportation, tandis qu'en Europe centrale et orientale des puissances économiques vassales comme par exemple la Pologne ou la Roumanie sont ses sous-traitantes. Berlin parachève ainsi le projet d'une «Mitteleuropa» sous domination allemande déjà imaginé par divers auteurs pangermanistes du XIXème siècle et du début du XXème. Or la politique de dumping salarial et social de cette Mitteleuropa vampirise la consommation des tierces puissances européennes, tout particulièrement celle des pays d'Europe latine, au premier rang desquels la France. Il s'ensuit des déséquilibres tels que par exemple les «déficits jumeaux» franco-allemands: alors que la France subit un déficit commercial spectaculaire, l'Allemagne profite au contraire d'hyper-excédents qui, par parenthèse, sont formellement interdits par les traités européens. Sans surprise, Berlin prône le maintien d'une Europe du cost-killing pour maintenir sa stratégie de domination économique, ce qui implique la remise en cause des protections sociales, la compression des salaires, et le refus catégorique de l'inflation.
"La plupart des pays d'Europe latine ont quant à eux un modèle contraire à celui de la Mitteleuropa."
La plupart des pays d'Europe latine ont quant à eux un modèle contraire à celui de la Mitteleuropa. Il combine en effet une protection sociale forte, une préférence pour le fait de laisser augmenter les salaires, et une tendance à s'accommoder de l'augmentation des prix. Puisque les règles de convergence économique de l'Union européenne sont à l'heure de Berlin et non pas à l'heure de Rome ou Paris, l'Europe latine est donc condamnée à l'écartèlement entre deux possibilités. Première option, le pays essaie de se convertir à marche forcée au système austéritaire de la Mitteleuropa, ce qui le conduit à démanteler petit à petit son modèle social, au prix de crises politiques très fortes et de la montée des partis antisystème. C'est l'exemple de l'Italie, qui a vu la démission récente du président du Conseil Matteo Renzi après plusieurs années de réformes inspirées de Berlin: ceci, avec en toile de fond la montée du Mouvement Cinq Etoiles, parti antisystème. Seconde option, le pays renâcle à se mettre à l'heure de Berlin. Dans un contexte de libre circulation des capitaux, des marchandises et de la main d'œuvre, il subit alors de plus en plus une hémorragie économique le menaçant de faillite. C'est l'exemple de la Grèce qui, ainsi conduite à la banqueroute, est mise sous tutelle d'organes européens lui imposant in fine une conversion accélérée au système de la Mitteleuropa: ceci, avec en toile de fond les percées électorales spectaculaires de la gauche antisystème.
"Fernand Braudel écrirait que l'on assiste à la réapparition d'une ligne de partage héritée de l'histoire sur le temps long : entre le monde romanisé et l'espace des tribus germaniques et slaves."
Au-delà des modèles socioéconomiques car les existences humaines ne s'y résument pas, Fernand Braudel écrirait sans doute que l'on assiste à la réapparition d'une ligne de partage héritée de l'histoire sur le temps long: entre le monde romanisé et l'espace des tribus germaniques et slaves non romanisées ; entre les royaumes médiévaux latino-européens qui ont beaucoup interagi avec le monde arabo-musulman et ceux qui ont plutôt constitué le Saint Empire romain-germanique. A l'heure où un divorce entre l'Europe latine et la Mitteleuropa est devenu sinon souhaitable, en tout cas possible, le moment est peut-être venu de pousser le raisonnement jusqu'à imaginer la reconstitution d'un ensemble géopolitique méditerranéen cohérent et pensé distinctement de l'Union européenne.

Plusieurs facteurs de proximité et de complémentarité, sous l'angle à la fois culturel, économique et démographique, permettent de l'envisager. Il y a bien sûr le patrimoine historique commun au bassin méditerranéen, en particulier ses racines romaines. Il y a aussi l'unité linguistique partielle déjà existante de la France et des pays du Maghreb autour de la langue française, à laquelle s'ajoute la très grande proximité linguistique de cet ensemble franco-maghrébin avec les langues italienne, espagnole, portugaise, roumaine. Il y a également la complémentarité de développement économique entre les pays méditerranéens riches, les pays méditerranéens pauvres et les pays méditerranéens qui, sur les rives nord comme sur les rives sud, sont plutôt des pays émergents. Il y a enfin la complémentarité démographique entre les peuples vieillissants des rives nord et les peuples jeunes des rives sud.
"Pour ne pas répéter l'erreur de l'UE, mieux vaudrait toutefois s'en tenir pour cette «Union méditerranéenne» à des domaines de compétence qui tiennent sur les doigts d'une seule main."
Pour ne pas répéter l'erreur d'une Union européenne à la fois envahissante dans son périmètre et pusillanime en termes d'intensité de l'action politique, mieux vaudrait toutefois s'en tenir pour cette «Union méditerranéenne» à des domaines de compétence qui tiennent sur les doigts d'une seule main.

L'écologie tout d'abord: qu'il s'agisse de l'impact du changement climatique sur la production viticole, de la désertification saharienne ou sud-espagnole, de la pollution en mer, ou encore de la disparition croissante de la biodiversité du bassin méditerranéen, un programme concerté de transition écologique des économies des deux rives devient urgent. L'Union méditerranéenne pourrait par exemple mettre en place entre ses Etats membres des quotas de production et d'échanges en matière agricole ; ceux-là même que l'Europe vient d'abandonner. Cela limiterait l'épuisement des terres arables. Cela réduirait le gaspillage alimentaire. Cela protègerait l'agriculture vivrière et la souveraineté alimentaire des pays méditerranéens pauvres, tout en assurant des prix stabilisés aux agriculteurs de l'ensemble du bassin. Autre exemple, l'Union méditerranéenne pourrait lancer entre ses membres un programme d'accès à l'eau, avec pour objectifs le parachèvement d'un grand réseau méditerranéen de distribution, la répartition équitable des flux d'eau potable entre les populations, et la limitation des gaspillages (en particulier via l'optimisation des techniques d'irrigation que recommande la FAO). Si l'on garde à l'esprit que le déclenchement de la guerre civile en Syrie s'explique en partie par les grandes sécheresses syriennes de 2007-2010, cet «or bleu» est un enjeu absolument majeur.
"La paix et la progression des droits humains dans le bassin méditerranéen pourraient également constituer un domaine d'action de l'Union."
La paix et la progression des droits humains dans le bassin méditerranéen pourraient également constituer un domaine d'action de l'Union. Une légère armée méditerranéenne serait constituée: avec pour principaux contributeurs en armement et en ressources humaines la France, l'Italie et l'Algérie, premières puissances militaires de la région, et avec pour financeurs l'ensemble des Etats membres, chacun à hauteur de sa prospérité. Cette armée serait vouée uniquement à des opérations de maintien de la paix, par exemple dans le «collapsed State» qu'est devenu la Libye ; et à des opérations contre les bandes armées et les organisations terroristes actives dans telle ou telle partie du pourtour méditerranéen, par exemple dans le Sahel. Par ailleurs, pour forger en quelques générations un fort sentiment d'appartenance au même ensemble méditerranéen, un service civil et humanitaire pourrait être rendu obligatoire pour les jeunes de 18 ans de tous les Etats membres. Ils constitueraient ainsi les effectifs d'un «Corps méditerranéen d'aide humanitaire» envoyant ses appelés, par exemple, assurer le traitement humanitaire des flux de réfugiés de guerre arrivés en Grèce, ou aider les premiers secours aux victimes d'une catastrophe comme le tremblement de terre de 2016 en Italie centrale. L'Union pourrait en outre adopter sa propre «Déclaration méditerranéenne des droits humains», qui permettrait notamment d'expliciter les droits garantis aux femmes, aux minorités religieuses, ou encore à la minorité LGBT, par tous les Etats membres.
"Composante spécifiquement économique de l'Union, un Plan Marshall pourrait être mis en place avec pour objectif le co-développement de l'ensemble du bassin méditerranéen."
Composante spécifiquement économique de l'Union, un Plan Marshall pourrait être mis en place avec pour objectif le co-développement de l'ensemble du bassin méditerranéen. D'un côté, les pays méditerranéens riches ont des capacités élevées d'investissement et de production, mais leur consommation est stagnante et leur dette publique est déjà jugée trop élevée par les investisseurs institutionnels actifs sur les marchés des obligations d'Etat. De l'autre, au contraire, les pays méditerranéens pauvres ou émergents manquent d'investissements et leur capacité productive reste encore beaucoup moins développée, mais leurs besoins de consommation non satisfaits sont très forts et leur dette publique est jugée faible. Il y a donc matière à un cercle vertueux. Le cadre serait un accord de co-développement prévoyant que les Etats membres commercent en priorité les uns avec les autres, ce qui suppose des barrières douanières communes envers le reste du monde (exception faite de l'Union européenne). Le moteur serait un endettement délibérément massif des pays pauvres ou émergents, complété par une aide au développement massive elle aussi, apportée par de grandes puissances économiques méditerranéennes.
"A l'aide des capitaux ainsi récoltés, les pays pauvres ou émergents s'engageraient dans un vaste programme de rattrapage économique des pays riches."
A l'aide des capitaux ainsi récoltés, les pays pauvres ou émergents s'engageraient dans un vaste programme de rattrapage économique des pays riches, notamment en ce qui concerne les infrastructures et les réseaux énergétiques. Les pays méditerranéens pauvres ou émergents y gagneraient un décollage spectaculaire de leur économie ou l'accélération intensive d'un décollage préexistant. Les pays méditerranéens riches y gagneraient quant à eux des débouchés pour leurs exportations et donc la sortie de leur état actuel de stagnation. A cela s'ajouteraient deux autres effets vertueux. D'une part, pour être cohérent avec la vocation écologique de l'Union, ce «Plan Marshall méditerranéen» serait forcément un programme de croissance verte. Il inclurait donc un objectif de «zéro-déchet» grâce à la généralisation du recyclage, un objectif de chute des émissions de carbone grâce aux transports peu polluants, et un objectif de développement intensif des offres énergétiques faiblement émettrices de CO2. D'autre part, autant une politique purement sécuritaire et douanière ne peut évidemment pas réguler une immigration prête à mourir en traversant la Méditerranée sur des radeaux de fortune ou à escalader des murailles de barbelés comme à Ceuta, autant le décollage économique massif des pays pauvres et émergents du bassin méditerranéen aurait pour conséquence mécanique de réguler paisiblement les flux migratoires.
"Il est inenvisageable que l'Europe latine puisse participer à la construction méditerranéenne tout en conservant une monnaie unique, l'euro, paramétrée pour le modèle austéritaire de la Mitteleuropa."
L'organisation monétaire et les règles de cette Union en tant qu'espace économique pourraient emprunter une voie originale. Il est inenvisageable que l'Europe latine puisse participer à la construction méditerranéenne tout en conservant telle quelle une monnaie unique européenne, l'euro, qui est paramétrée pour correspondre au modèle austéritaire de la Mitteleuropa. Il n'est toutefois pas nécessaire que cette même Europe latine aille jusqu'à sortir de l'Union européenne, puisque plusieurs pays, comme par exemple la Suède, en sont membres sans avoir adopté l'euro pour autant. Il n'est pas non plus nécessaire que l'Europe latine quitte purement et simplement l'euro, car une voie plus douce est possible. Elle pourrait en effet se contenter d'adopter l'«euro du sud» proposé par le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. Cela resterait une monnaie commune mais limitée aux pays suivants: Chypre, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Italie, Malte, le Portugal, et la Slovénie.

Il serait cependant contre-productif d'étendre cet «euro du sud» à tous les Etats membres de l'Union méditerranéenne. Ce serait en effet refaire l'erreur de la création de l'euro actuel: inclure dans une même zone monétaire des pays dont les divergences en matière de coûts de production, et de facteurs les plus abondants de production, sont si élevées qu'elles entraînent des déséquilibres économiques, sociaux, et in fine politiques, insoutenables. Au sein de l'Union méditerranéenne, sans doute serait-il donc plus sage de laisser aux membres de «l'euro du sud» d'une part, et à chacun des autres Etats membres méditerranéens d'autre part, leur souveraineté monétaire respective. Il faudrait simplement veiller, via un accord de type «serpent monétaire», à ce que les gouvernements méditerranéens ne se livrent pas les uns envers les autres à une «guerre des monnaies» via le dumping monétaire. Il faudrait également veiller, pour éviter l'adoption de règles austéritaires similaires à celles de la Mitteleuropa, à ce que la dévaluation concertée des monnaies de l'Union méditerranéenne soit une méthode banale, normale, acceptée, de résolution des crises économiques.
"Il faudrait que l'Union méditerranéenne ne répète pas l'erreur du libre-échange instauré par l'Europe (via le marché unique) entre des pays qui n'ont ni des coûts de production comparables."
Similairement, il faudrait que l'Union méditerranéenne ne répète pas l'erreur du libre-échange instauré par l'Europe (via le marché unique) entre des pays qui n'ont ni des coûts de production comparables, ni le même type de facteurs les plus abondants de production. Elle gagnerait donc à instaurer des quotas d'import-export entre ses Etats membres, de sorte que la régulation des flux de marchandises permette des échanges entre ces pays sans pour autant couler l'économie de tel ou tel pays parmi eux. En d'autres termes, l'Union méditerranéenne assumerait de pratiquer un nouveau modèle d'échanges encadrés et de commerce équitable, en remplacement du libre-échange déréglementé aujourd'hui prédominant.

Enfin, l'Union méditerranéenne pourrait avoir pour compétence le développement d'une communauté méditerranéenne de l'enseignement supérieur. Deux grandes voies seraient utilement envisageables. L'une serait de copier le programme européen Erasmus sous la forme d'un vaste programme d'échanges étudiants dans tout le bassin méditerranéen. Il pourrait être baptisé «programme Herodotos», en référence aux nombreux voyages du père de l'Histoire autour de la Méditerranée. Il inclurait aussi bien les étudiants de l'enseignement académique que ceux de l'enseignement professionnel. L'autre voie serait de multiplier les jumelages entre les établissements d'enseignement supérieur, aussi bien académique que professionnel, de tout le pourtour méditerranéen. Plutôt que de simples symboles, ces jumelages pourraient être d'authentiques co-développements: par exemple, HEC Paris et HEM Casablanca deviendraient la même école de part et d'autre de la Méditerranée.
"D'un point de vue juridique, chaque politique commune ferait l'objet d'un traité méditerranéen ad hoc."
Reste la question des institutions d'une telle Union méditerranéenne. L'expérience de la construction européenne a montré que lorsque la mise en place d'institutions à vocation fédérale précède l'apparition d'une authentique conscience d'être un seul peuple (ou à tout le moins d'être une même famille de peuples), ces institutions deviennent les temples d'un échec inavoué. C'est tout particulièrement le cas du Parlement européen. Littéralement fantomatique à Strasbourg, il est à Bruxelles l'incarnation d'un peuple unique européen qui n'existe pas (ou peu) dans les consciences des populations elles-mêmes. Il faudrait donc que l'Union méditerranéenne soit quant à elle foncièrement intergouvernementale. Elle aurait tout simplement pour organe décisionnel unique un Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement, compétent pour créer au cas par cas des «agences méditerranéennes» supranationales au fur et à mesure des politiques communes concrètes adoptées: l'agence méditerranéenne de transition écologique, l'agence méditerranéenne de l'eau, l'agence méditerranéenne pour l'enseignement supérieur, et ainsi de suite. D'un point de vue juridique, chaque politique commune ferait l'objet d'un traité méditerranéen ad hoc.
"Les douze pays fondateurs de l'Union méditerranéenne seraient donc l'Algérie, Chypre, la Croatie, l'Égypte, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Italie, Malte, la Slovénie, le Maroc, et la Tunisie."
Il va de soi que plusieurs pays du pourtour méditerranéen, tout en ayant une vocation à rejoindre un jour l'Union méditerranéenne explicitement reconnue, verraient cependant leur processus d'adhésion gelé: l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro tant que persiste sur leur territoire la prolifération massive de l'économie maffieuse et plus largement des trafics ; Israël et la Palestine tant que dure le conflit israélo-palestinien ; le Liban tant que continue l'absence de contrôle de tout un pan du territoire national par l'Etat et la Libye parce que c'est aujourd'hui un «collapsed State» ; la Syrie pour cause de guerre civile en cours ; et la Turquie tant que se prolonge son occupation militaire d'une portion du territoire de Chypre. Les douze pays fondateurs de l'Union méditerranéenne seraient donc l'Algérie, Chypre, la Croatie, l'Égypte, l'Espagne, la France, la Grèce, l'Italie, Malte, la Slovénie, le Maroc, et la Tunisie. Quant à la capitale de ce nouvel ensemble géopolitique ayant le potentiel de dépasser un jour les 400 millions d'habitants, sans doute une ville serait-elle, pour des raisons d'héritage culturel commun, le choix le plus évident de tous: Rome.

L'on pourrait objecter à cette description d'une possible Union méditerranéenne qu'elle relève de l'utopie ; que de multiples obstacles immenses et évidents la rendent a priori infaisable ; ou que l'Europe n'est pas véritablement en processus de divorce et n'appelle donc pas la préparation d'un «plan B». Cependant, en réalité cette idée n'est pas plus utopique que de rêver d'un marché commun des pays d'Europe occidentale une poignée d'années seulement après l'extermination de millions de juifs d'Europe par l'Allemagne nazie. Les obstacles ne sont pas plus insurmontables que ceux qu'il y avait à réussir la réconciliation franco-allemande après trois grandes guerres en l'espace de soixante-dix ans. Et quant à l'avenir de l'Europe, nul ne peut honnêtement exclure aujourd'hui que le coup de tonnerre du Brexit soit annonciateur de grands orages. Bref, face à la fracturation de la construction européenne, ce «plan B» si souvent évoqué, c'est peut-être bien l'Union méditerranéenne.

Par Thomas Guénolé (Politologue, maître de conférences à Sciences Po et docteur en Science politique (CEVIPOF). Il est l'auteur de Les jeunes de banlieue mangent-ils les enfants? (éd. Le bord de l'eau, 2015), La mondialisation malheureuse (éd. First, 2016) et Islamopsychose (Fayard, 2017).

Source de l'article Le Figaro

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