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lundi 30 janvier 2012

Libye : malgré un contexte difficile, Paris veut pousser ses entreprises


Face à la concurrence étrangère en Libye, les autorités françaises incitent les entreprises à pousser rapidement leur avantage sur place. D'autant que l'argent frais arrive. Mais ces dernières restent dubitatives et prudentes.

Les entreprises françaises sont-elles trop timorées à l'égard du marché libyen ? « L'aura de la France ne durera pas toujours, lançait, il y a quelques jours, l'ambassadeur de France en Libye Antoine Sirvan, devant 250 entreprises réunies à Paris par Ubifrance. Il y a des affaires à faire et vos concurrents sont là. » Antoine Sirvan se veut rassurant : « La sécurité n'est pas pire ici qu'à New York. » Toutes les entreprises, elles, ont en tête l'assassinat de l'ancien colonel de la Légion étrangère, le 7 janvier, à Tripoli. Hugues de Samie devait, sur place, faciliter l'implantation des entreprises françaises. Le contexte politique et la démission du numéro deux du Conseil national de transition libyen (CNT) Abdelhafidh Ghoga, le 22 janvier, n'ont-elles pas de quoi inquiéter ? « Il ne faut pas surinterpréter la fluidité du personnel, tempère Antoine Sirvan. Les choses avancent dans le bon sens. »
Deuxième argument de poids selon l'ambassadeur : l'argent frais arrive. La préparation des budgets est en cours dans les ministères, et ces derniers vont pouvoir signer des contrats. Les dépenses envisagées sont de 68 milliards de dollars, dont 20 milliards pour les infrastructures. « La situation bancaire s'améliore », ajoute l'ambassade. Quant aux impayés, « les nouvelles sont plutôt bonnes,affirme-t-on au Trésor, à Paris. Beaucoup d'entreprises ont pu récupérer leur argent. »
Ces dernières restent malgré tout dubitatives et prudentes. « La Libye, c'est compliqué... », soupire le directeur Afrique d'un groupe français. « On n'envoie pas massivement nos troupes pour des raisons de sécurité, glisse le représentant du Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières (GEP), Jean-Jacques Royant. Sur son site, le Quai d'Orsay conseille quasiment de ne pas s'y rendre ! » « Il y a un problème majeur de sécurité, renchérit Christophe Benoist, d'Alcatel. On renvoie des expatriés, mais avec des mesures adaptées. » L'entreprise a redémarré à seulement 10 % de son activité.

« Plus rien ne fonctionne. »

Sur les 42 entreprises françaises présentes en Libye avant la guerre, parmi lesquelles Alcatel Lucent, Alstom, Areva, Nexans, Total ou Vinci, vingt sont retournées dans le pays et une dizaine étudient leur retour. L'absence de l'offre française dans la grande distribution, l'hôtellerie, l'agriculture et les industries agroalimentaires « devrait être comblée rapidement », estime le directeur d'Ubifrance pour la Tunisie et la Libye, Jacques Torregrossa. Les entreprises des secteurs de l'eau, des eaux usées et des ordures ménagères, emmenées par Peabody, Suez, Veolia ou Vinci, sont en mission jusqu'au 3 février. Des centaines de milliers de mètres cubes d'eaux usées sont chaque jour rejetés dans la Méditerranée pour cause de défaillance des stations d'épuration. « Les équipements des stations ont été volés, y compris les câbles qui étaient enterrés, confie le président de Peabody GCI, Ahmad Jalaleddine. Plus rien ne fonctionne. » L'argent pourrait être débloqué pour réparer les stations vandalisées. Mais, pour les gros contrats, il faudra patienter.
D'autres entreprises s'interrogent sur la manière d'aborder le marché. « Allez-y avec des partenaires tunisiens ! » lance le président de la Fédération tunisienne des entreprises de BTP, Chokri Driss. Le président de la chambre de commerce franco-libyenne Michel Casals préfère, lui, « encourager les entreprises à trouver un partenaire direct, car les Libyens y sont attachés ». « Ne signez pas d'accord de plus d'un an, ajoute le responsable du bureau d'Ubifrance en Libye, Igor Chlapak. Car il y a des gens qui ne sont pas sérieux. Quant aux gens sérieux, ils ne seront pas forcément là demain. Mieux vaut donc reconduire un projet d'année en année. » On comprend mieux les hésitations des entreprises françaises.
Marie-Christine CORBIER - Les Echos

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