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dimanche 15 janvier 2012

Les Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) feront face à des enjeux majeurs en matière de sécurité alimentaire

L’ensemble des scénarios prospectifs ainsi que les projections de la FAO pour 2030, arrivent unanimement à une conclusion : les Pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée (PSEM) feront face à des enjeux majeurs en matière de sécurité alimentaire dans les prochaines années.
Une pression démographique importante, des changements au niveau de leur mode de consommation et d’alimentation qui s’occidentalise, mais aussi des pressions sur leurs ressources en eau et en terre rendent difficile l’obtention de surfaces agricoles supplémentaires. Tout indique une aggravation de la situation alimentaire en général et céréalière en particulier dans les PSEM.

Les Etats de ces pays doivent prendre en compte ces impératifs dans le cadre de programmes nationaux au centre desquels l’agriculture et le développement rural doivent être prioritaires. En effet, au Maroc et en Egypte, l’agriculture correspondait respectivement à 15 et 13% du PIB entre 2006 et 2008. Elle représente près de 7,5% du PIB en Algérie. Cependant, ce secteur qui emploie la plus grande proportion d’actifs directement ou indirectement a longtemps été délaissé. Par conséquent, c’est un état d’insécurité alimentaire qui prévaut dans la région méditerranéenne, plus particulièrement en ce qui concerne la question céréalière.

Ces dernières années, les PSEM ont connu un écart croissant entre leur production céréalière et leurs importations ce qui n’a fait que creuser leurs déficits. Les pays arabes sont les plus gros importateurs de céréales dans le Monde. A titre de comparaison, en 2008, le Maroc, l’Egypte et l’Algérie ont importé pour 20 millions de tonnes de céréales, soit l’équivalent de l’UE et de l’Amérique du Nord réunis. L’Egypte et l’Algérie sont les plus gros importateurs de céréales (l’Egypte a par exemple importé autant que l’UE en 2008). Les principaux pays déficitaires de la région sont l’Algérie (1,4 milliard de dollars), suivi de l’Egypte (1,2 milliard), du Maroc (825 millions) et de la Tunisie (570 millions). Le Maroc et l’Algérie ont multiplié leurs importations nettes par 20 entre 1965 et 2005.

Si l’on ajoute à cela l’effet prix lié à la forte volatilité des denrées alimentaires (dont le blé) depuis 2008, l’impact se ressent d’autant plus au niveau de la balance commerciale ainsi qu’au niveau des finances publiques à travers les politiques de compensation. La compensation laisse moins de ressources à allouer aux autres dépenses sociales comme l’éducation ou la santé.

Pour prévenir de futures émeutes de la faim et assurer le droit à l’alimentation dans les PSEM, il convient de sécuriser les approvisionnements en denrées alimentaires de base en s’appuyant sur deux leviers : l’augmentation de la production locale (notamment de certaines denrées stratégiques dont le blé) et l’établissement de contrats commerciaux bilatéraux UE-PSEM à moyen terme garantissant des volumes et des fourchettes de prix.

Les PSEM doivent donc favoriser la production nationale des aliments de base (céréales, produits laitiers, viandes) par l’innovation technique et l’augmentation de la recherche et développement pour atteindre un niveau d’autosuffisance plus important et ainsi moins dépendre des importations. Cela doit être construit en améliorant la situation nutritionnelle et en promouvant un modèle alimentaire méditerranéen. Il est nécessaire de favoriser l’intégration des filières céréalières (amont-aval) en encourageant les débouchés pour les produits complémentaires et faire en sorte que des coopérations inter-entreprises et des alliances stratégiques émergent et permettent des effets de transferts d’innovation et d’apprentissage.
Enfin, il faudrait promouvoir une coopération régionale renforcée, avec une participation accrue de l’UE pour mettre à niveau l’agriculture des PSEM par l’intermédiaire d’une meilleure diffusion des techniques culturales et d’irrigation, et d’une gestion optimisée des ressources en sol et en eau.

Par Amal Chevreau, chef de projet IPEMED
Source -
http://www.ipemed.coop/fr/ipemedia-r19/actu-euromed-c57/securite-alimentaire-en-mediterranee-des-pistes-pour-ameliorer-la-situation--a1153.html

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