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jeudi 26 juin 2008

Union pour la Méditerranée: le «Plan B» de Sarkozy

Présidence de l’UE. Le 1er juillet, la France prend la tête d’une Europe en panne. Aussi, Nicolas Sarkozy met la dernière énergie à réaliser son projet de rassemblement autour de la Méditerranée, espérant réunir les intéressés à Paris le 13 juillet.
Jacques Chirac n’est pas content. L’ancien président a annoncé qu’il va bouder les cérémonies du 14 Juillet parce que Nicolas Sarkozy y a invité Bachar al-Assad. Le chef de l’Etat syrien, en effet, est fortement soupçonné dans l’assassinat de Rafic Hariri, premier ministre libanais et ami personnel de Chirac. Ce dernier a gardé des liens très forts avec la famille Hariri, au point que le retraité vit avec son épouse dans une propriété d’Ayman Hariri, fils de Rafic, un immense appartement au 3, quai Voltaire, face au Louvre…
Cette anecdote suggère les difficultés à venir pour le grand dessein qu’espère réaliser Nicolas Sarkozy au cours de la présidence française de l’UE qui débute le 1er juillet.Si Sarkozy a invité le paria de Damas, ce n’est pas par goût d’assombrir l’humeur de son prédécesseur à l’Elysée.
Bachar al-Assad viendra à Paris pour assister, le 13 juillet, au lancement du «Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée», une idée que Nicolas Sarkozy initia au soir de son élection. Le 6 mai 2007, au QG de l’UMP, salle Gaveau, le vainqueur déclarait, solennel: «Je veux lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée pour leur dire que c’est en Méditerranée que tout se joue, et que nous devons surmonter toutes les haines pour laisser la place à un grand rêve de paix et de civilisation.
Je veux leur dire que le temps est venu de bâtir ensemble une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique.»
Une idée séduisante. L’idée s’appelle alors «Union méditerranéenne». Bien qu’encore floue, et peut-être grâce à cela, elle a, dans l’euphorie du grand soir, quelque chose de séduisant et d’habile à la fois.
«A géométrie variable», comme la diplomatie française la qualifie depuis, elle suggère pour la première fois la création d’un cadre d’échange et de dialogue ambitieux avec le sud de la Méditerranée. Avec le Maghreb d’abord, afin d’apaiser peut-être les ressentiments envers l’ex-ministre de l’Intérieur et son «karcher», devenu président de tous les Français, et donc également de ceux d’origine nord-africaine.
Une main tendue à Alger aussi, ulcérée parmi tant d’autres choses, par l’évocation des «aspects positifs» de la colonisation dans une loi votée en 2005 à Paris. Au Proche-Orient (Liban, Syrie, Israël, Palestine), l’idée suggère le retour de la France qui s’y était passablement désengagée. Certes, pour la Turquie, courtisane perpétuellement éconduite par l’Union européenne, et par Paris en particulier, le projet se présente comme une alternative honteuse à son intégration. Une pilule dure à avaler.
Mais le projet d’Union méditerranéenne a l’avantage de ménager le Maroc, autre pays émergent en Méditerranée, et partenaire économique privilégié de l’Hexagone qui soupire à la porte occidentale de l’Europe.
Des enjeux cruciaux. Jusqu’alors, la politique européenne, centrée sur son élargissement à l’Est avait délaissé son flanc sud, pourtant bordé par sept de ses membres.
L’Union européenne avait lancé en 1995 le Processus de Barcelone (25 Etats européens + 10 pays du sud et de l’est de la Méditerranée). Mais, au bilan, les initiés de ce cadre institutionnel un peu léger ne peuvent que dénombrer douze années de dialogue poussif et vain, alors que tant d’enjeux incitent à l’action: l’immigration, la sécurité et la paix, les questions de pêche et d’environnement et, avant tout, la dangereuse marginalisation économique du sud de la Méditerranée.
Dès lors, la vision d’une Union méditerranéenne ressuscitée – et celui qui la porte – redonnait l’espoir au Sud en suggérant la nécessité de changer «des pratiques anciennes et des politiques désuètes», selon l’expression de Bichara Khader, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe à l’Université de Louvain (Diplomatie, mars-avril 2008). Restait à savoir ce qu’il en adviendrait.
Une belle idée ou juste un beau discours? Dès le début de son quinquennat, Sarkozy fait feu de tout bois et ses projets se télescopent. L’autre grande idée de sa politique étrangère est le «minitraité européen» ou «traité simplifié», destiné à relancer la machine, cassée en 2005 par le non des Français au Traité constitutionnel. C’est le paradoxe: les mêmes ont porté au pouvoir, deux ans plus tard, un homme élu sur la promesse de contourner le suffrage populaire pour faire approuver un texte de substitution par les parlements.Sitôt élu, Sarkozy se détourne donc de la Méditerranée et donne la priorité au minitraité, virevoltant d’une chancellerie à l’autre, bousculant son homologue allemande, Angela Merkel, pour promouvoir son idée, à la hussarde, à la Sarkozy.
Son approche cavalière aurait pu faire capoter le projet, mais Berlin – et les autres – ont mesuré l’enjeu. En octobre, le «traité simplifié» reçoit l’approbation du Conseil européen à Lisbonne et il est signé le 13 décembre par les Vingt-Sept. Seule l’Irlande soumettrait le texte au suffrage populaire.
Si les Irlandais avaient dit «oui» au Traité de Lisbonne le 12 juin, l’Elysée se ménageait un semestre royal à la présidence de l’Union. On aurait vu son hôte reprendre le flambeau d’une main ferme pour convaincre les derniers récalcitrants, Tchèques et Polonais, à voter «oui». Seulement voilà, l’Eire a dit «non» dans un contexte où l’unanimité est requise...
Par Michel Beuret - L'Hebdo Suisse - le 26 juin 2006

Méditerranée : le flair imparable de Kadhafi

Même si l'on apprécie peu le style tapageur, les provocations répétées, l'esthétique excentriquement bédouine du colonel Kadhafi, il faut reconnaître humblement qu'il a visé parfaitement juste et tiré là où cela fait mal lors du mini-sommet de la Ligue arabe le 10 juin à Tripoli, face à ses collègues chefs d'Etat restés bouche bée.
Qui pourrait nier, précisément, que le concept d'Union pour la Méditerranée (UPM) n'est pas seulement un affadissement de l'initiative originelle de Nicolas Sarkozy mais son abandon pur et simple pour revenir au processus euroméditerranéen de Barcelone, déjà en échec ?
Autrement dit, pour revenir à une logique d'intervention, de promotion, d'aide en direction des pays de la rive Sud : faire de la Méditerranée non pas un centre en lui-même, le coeur d'une nouvelle dynamique, mais une périphérie, une sorte de lac européen, une banlieue, une mare nostrum ainsi que la voyaient les Romains à l'époque impériale et à leur suite le grand historien Fernand Braudel qui n'accepta jamais que les Arabes, hommes du désert, malgré leur implantation séculaire au Maghreb et au Machrek, puissent être d'authentiques Méditerranéens.
Il est, dès lors, emblématique qu'il revienne à celui qui se présente par excellence comme un homme du désert, un nomade qui ne dort jamais aussi bien que sous sa tente et auprès de ses chameaux, de jeter un pavé dans cette mare... Méditerranée qui est l'objet actuel de toutes les convoitises.
Voilà la signification profonde de cet énigmatique "pour", si satisfaisant pour l'Allemagne et quelques autres, qui est venu s'intercaler perversement entre les mots "Union" et "Méditerranée" : faire de ce bassin une zone d'influence, de développement contrôlé.

Refus de se mélanger
De sorte que, contrairement au projet initial qui avait vocation à regrouper les pays des deux rives, et seulement eux, l'UPM pourra comprendre des nations européennes continentales désireuses de s'investir, ou plutôt d'investir, "pour" la Méditerranée.
Or, l'originalité historique de l'initiative Sarkozy, aujourd'hui réduite à néant, tenait justement dans l'arrêt de cette façon européenne condescendante, développementaliste et prédatrice, bref gentiment impériale, de regarder vers le Sud. Il s'agissait, au-delà des intentions institutionnelles, plus ou moins utopiques, peu importe, d'un changement de perspective, d'un nouveau regard. Le chef bédouin a bien compris que la France n'avait pas réussi à imposer ce nouveau regard, et que, insidieusement, nous retournions vers une politique d'apartheid, de développement séparé, non pas des races comme jadis en Afrique du Sud, mais des deux rives.
Le "pour" est en effet destiné à faire de la rive sud une zone euro, une zone d'investissement, permettant sous prétexte d'accord économiques et culturels privilégiés de mettre à distance maîtrisée des amis si difficiles à gérer.
Car l'aide contrôlée est aussi synonyme de dépendance. C'est donc, en réalité, une Méditerranée "pour" l'Europe qui se profile ainsi : terrain de jeu économique culturellement pacifié, au moins religieusement sécurisé si ce n'est civilement sécularisé, disons un terrain de jeu sur lequel on aura, Inch'Allah, réussi à endiguer l'islamisme, ultime frayeur de l'Occident.
Le "pour", c'est le refus de se mélanger aussi ferme que la volonté de tirer profit. Derrière la rhétorique de l'amitié et des bonnes intentions, le flair de l'homme du désert Mouammar Kadhafi a clairement senti tout cela, lui qui lança rageusement : "Nous ne sommes ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os."
Par Raphaël Liogier est professeur des universités à l'IEP d'Aix-en-Provence. Journal le Monde du 24 juin 2008

Union pour la Méditerranée : Le Maroc convoite le secrétariat général

A l’approche du sommet du 13 juillet, annonçant la création de l’Union pour la Méditerranée (UPM), les initiatives pour mobiliser les énergies se multiplient. La dernière en date a été l’organisation de la première édition des Entretiens de la Méditerranée à Barcelone , les 12 et 13 juin.
Les débats ont été riches et ont permis une vision plus concrète du projet du président français Nicolas Sarkozy. Alain Le Roy, ambassadeur chargé du projet de l’UPM auprès de l’Elysée, l’a confirmé à L’Economiste d’abord en abordant le nouveau mode de gouvernance avec une coprésidence confiée à l’Egypte, suite à un consensus des pays arabes.
Le sommet se reproduit tous les deux ans. Le prochain coïncidera avec la présidence espagnole de l’Union européenne. Pour le secrétariat général, les débats ne sont pas encore tranchés. Le Maroc, la Tunisie et Malte sont candidats. Pour le projet de l’UPM, chaque pays a désigné son interlocuteur. Pour Rabat, c’est Youssef Amrani, DG des relations bilatérales au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, qui a été choisi. Un comité de parrainage politique publiera un appel aux chefs d’Etat arabes et européens une semaine avant le sommet. Ce texte, en trois langues (français, anglais et arabe), paraîtra dans Le Monde et le Financial Times. Quant au journal arabe, on hésite encore sur le titre.
En tout cas, pour le sommet du 13 juillet à Paris, 44 chefs d’Etat et de gouvernements sont attendus. «Nous tenons à la présence de la Mauritanie et de la Jordanie qui sont déjà dans le processus de Barcelone», a souligné Le Roy. Sont également invités, le président de la Commission européenne, de la BEI, la Banque mondiale, l’IMA, le secrétaire général de la Ligue arabe, celui de l’Unité africaine «pour éviter de dresser une ligne de démarcation au niveau de l’Afrique», précise le diplomate.
Tous les pays du Sud seront présents (Israël, Palestine, Liban, Syrie, …), à l’exception de la Libye. Maâmmar El Kadhafi ayant décidé de boycotter le sommet. D’ailleurs, ce pays ne fait pas partie du processus de Barcelone. Quant à l’Algérie, elle a demandé des clarifications sur ce projet d’Union et la Turquie a réservé sa réponse, ajoute Le Roy.
L’ ambition politique imprimée par l’UPM s’appuiera sur des projets concrets. Ceux qui seront retenus le 13 juillet prochain devront donner une impulsion à cette nouvelle forme de coopération.
Pour l’heure, six sont d’ores et déjà sur la table. Il s’agit de la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire, les autoroutes de la mer, l’accès à l’eau, la protection civile et la création d’une agence pour la promotion des PME dans la Méditerranée. Le sommet fera référence à d’autres secteurs comme la santé. Concernant les autoroutes de la mer, le projet a été avancé par l’Egypte, mais porté par d’autres tellement le consensus était large, a indiqué Le Roy. Pour la protection civile, l’idée est de mutualiser les moyens pour faire face aux catastrophes naturelles.
Grosso modo, les propositions des pays du Sud sont attendues avant et pendant le sommet. Mais déjà au Nord, on relève volontiers l’attentisme du Sud. «Les pays arabes se sont contentés d’être des spectateurs. Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ne se sont pas appropriés le projet et ils le regrettent déjà», dira Jean-Louis Guigou, président de IPEMed, lors d’un point de presse de clôture du séminaire. Il est à rappeler que de grands thèmes seront abordés au cours du sommet.
Il sera question d’environnement et de développement durable, d’énergie et de recherche de développement économique, de sécurité alimentaire, d’éducation, de culture et de mobilité.Sur le chapitre du financement, Le Roy a été on ne peut plus clair: «Il n’y aura pas de plan Marshall pour la Méditerranée.
Pour chaque projet, on fera appel au financement communautaire mais aussi à la BEI, la BAD, la BID, la Banque mondiale, les agences de coopération (AFD, KFW…) et le secteur privé».Il est incontestable que le projet de déclaration de la création de l’UPM fera référence à Barcelone.
La nouvelle institution ne prendra pas la place de Barcelone. Mais il s’agira d’aller plus loin dans la réalisation des objectifs non atteints. Pour cela, il est impératif de prendre les initiatives en concertation avec les pays du Sud. L’approche unilatérale ne fera que démobiliser les bonnes volontés, avait souligné un expert lors du séminaire de Barcelone. Pour Le Roy, l’Europe a regardé l’Est et négligé le Sud depuis 1989, date de la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui, il s’agit de remettre la Méditerranée au centre des débats.
C’est d’ailleurs la substance du volet politique de la déclaration du sommet. Ce volet, en cours d’élaboration, marque l’ambition du projet: c’est l’Europe qui réinvestit la Méditerranée. Autre question non tranchée, la mobilité. Comment organiser la circulation des populations entre le Nord et le Sud?
L'Economiste du Maroc - le 25 juin 2008

René Naba : « Le projet d’union méditerranéenne est un dérivatif »

Correspondant tournant au bureau régional de l’Agence France Presse (AFP) à Beyrouth (1969-1979), responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP (1980-1990), ancien conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient chargé de l’information (1989-1994), René Naba est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages.
Propos recueillis à Bruxelles

Quels sont les changements apportés par Nicolas Sarkozy à la politique traditionnelle de la France dans le Monde arabe ?
Nicolas Sarkozy a voulu célébrer le premier anniversaire de son entrée en fonction comme 6e président de la Ve République française en le couplant avec voyage officiel en Israël, au moment des célébrations du 60e anniversaire de la création de l’Etat hébreu, afin de conférer un relief particulier à cet évènement et signifier par là sa véritable rupture avec la traditionnelle position de la diplomatie française.
Le premier président français de « sang-mêlé », tel qu’il se revendique, est, sans la moindre contestation possible, le plus pro-israélien des chefs d’Etat de l’Histoire de France, le plus honni aussi des dirigeants français au sein de l’opinion arabe depuis Guy Mollet, l’ancien premier ministre socialiste de sinistre mémoire, l’ordonnateur via son proconsul, Robert Lacoste, des ratonnades d’Alger, le maître d’œuvre de l’expédition de Suez, en 1956, l’agression tripartite franco-anglo-israélienne contre Nasser, le chef charismatique du nationalisme arabe.
Programmé à l’apogée de sa carrière pour constituer une apothéose à son pouvoir, ce voyage intervient toutefois au périgée de sa popularité, alors que le paysage est de surcroît particulièrement chahuté avec le nouveau revers diplomatique du camp pro-occidental au Liban, les rebuffades essuyées par George Bush du fait des dirigeants de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte lors de sa dernière tournée au Moyen-orient, le 14 mai dernier, et les rebondissements judiciaires concernant le premier ministre israélien, Ehud Olmert.
Ce voyage a même été décalé d’un mois pour éviter un télescopage dans l’opinion entre son hommage à l’indépendance d’Israël et la dépossession palestinienne, dont une large fraction de l’opinion mondiale aussi bien dans le Monde arabe qu’en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe, en rendent responsables les pays occidentaux.

Mais il a quand même changé depuis quelque temps...
Court-circuité dans la stabilisation de la situation libanaise et l’amorce de pourparlers syro-israéliens, Nicolas Sarkozy paraît comme en voie de marginalisation, en panne d’inspiration, à la recherche d’un second souffle. Son projet phare de l’Union euro- méditerranéenne est battu en brèche et son équipe frappée de désuétude devant le nouveau cours de l’histoire de la politique régionale.
Son déplacement perd, de ce fait, de son éclat, au point d’apparaître comme caricaturalement encombrant, de par la sollicitation excessive de cette amitié, tant pour le pays hôte que pour le visiteur, voire un handicap pour la diplomatie du meilleur ami français d’Israël.
Afin de déblayer la voie à ce voyage et reconquérir le terrain perdu dans le Monde arabe, à tout le moins atténuer les critiques quant à son alignement outrageusement inconditionnel sur la politique israélienne, Nicolas Sarkozy s’est appliqué à faire une visite-éclair au Liban, début juin, et à envoyer son Premier ministre, François Fillon, signer un accord de coopération sur le nucléaire civil à Alger, le 21 juin, soit la veille de sa visite en Israël.
L’accord franco-algérien prévoirait la livraison à l’Algérie de réacteurs nucléaires par le groupe Areva et la formation de personnels du centre nucléaire d’Alger et comporte un deuxième volet sur la défense.
Pour tenter de calmer le courroux arabe, la France a fait savoir en outre que Nicolas Sarkozy se rendra « quelques heures » en Palestine, sans doute pour une photo avec poignée de main avec le président palestinien Mahmoud Abbas, une opération « PO and PR : photo opportunity and public relations », opération de compensation bien connue des voyagistes américains, destinée à la galerie et visant à établir un faux équilibre de traitement. Grâce lui soit donc rendue.

Mais au-delà des opérations « PO-PR », qu’y a-t-il de substantiel dans ces changements ?
La France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne (UE) et Nicolas Sarkozy, prenant le relais des Etats-Unis, s’emploie à dépasser le clivage israélo-arabe au profit d’un front commun anti-iranien au sein d’une Union méditerranéenne.
Dans ce contexte, le projet d’Union méditerranéenne apparaît comme un dérivatif au combat visant à sécuriser l’espace national arabe, de la même manière que l’Afghanistan a détourné les Arabes de leur principal champ de bataille, le combat pour la libération de la Palestine et des autres territoires arabes (Golan, Sud-Liban) de l’occupation israélienne.
Sceller une Union transméditerranéenne sur la base d’une division raciale du travail, « l’intelligence française et la main d’œuvre arabe », selon le schéma esquissé par Nicolas Sarkozy dans son discours de Tunis le 28 avril dernier, augure mal de la viabilité d’un projet qui signe la permanence d’une posture raciste au sein de l’élite politico-médiatique française, une posture manifeste à travers les variations séculaires sur ce même thème opposant tantôt « la chair à canon » au « génie du commandement » forcément français lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), tantôt « les idées » du génie français face au pétrole arabe » pour reprendre le slogan de la première crise pétrolière (1973) : « Des idées, mais pas du pétrole. »
Substituer de surcroît l’Iran à Israël comme le nouvel ennemi héréditaire des Arabes viserait à exonérer les Occidentaux de leur propre responsabilité dans la tragédie palestinienne, en banalisant la présence israélienne dans la zone au détriment du voisin millénaire des Arabes, l’Iran, dont le potentiel nucléaire est postérieur de 60 ans à la menace nucléaire israélienne et à la dépossession palestinienne.
Dans cette perspective, la diplomatie nucléaire de Nicolas Sarkozy apparaît comme un leurre. Elle se présente comme une offre pour mineurs frappés d’incapacité, dont la capacité nucléaire sera maintenue ad vitam sous tutelle, dont l’objectif caché est d’éponger le surplus monétaire généré par les pétrodollars, de la même manière que les gros contrats d’armements des décennies 1980-1990 avaient ponctionné les trésoreries des pétromonarchies.
L’Algérie ne s’y est pas trompée. Sur les dix centrales qu’elle projette de construire sur son territoire, elle a déjà engagé une coopération avec les Etats-Unis dans ce domaine, et projette de le faire aussi avec la Chine et la Russie, sans passif colonial dans la zone, n’assignant à la France qu’une portion congrue du marché.

Et à l’horizon, comment voyez-vous les événements futurs ?
Le nouveau tropisme arabe de Nicolas Sarkozy ne doit pas faire illusion non plus. Il ne résulte pas d’un libre choix, mais d’un choix contraint. Un choix par défaut, largement conditionné par le désaveu de l’Irlande au projet de traité européen de Lisbonne dont il a été l’un des grands artisans, la rebuffade de son nouvel ami libyen sur la coopération transméditerranéenne et la déconfiture de ses deux meilleurs alliés, les coqueluches des médias occidentaux, les parangons de la civilisation atlantiste, le président américain George Bush et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
Le pari de Nicolas Sarkozy sur ces deux personnalités, en fin de mandat piteux, s’est révélé être à l’usage « le pari d’un tricard sur deux tocards », pour reprendre l’expression argotique puisée du jargon national. Au point que l’hypothèse du report du voyage de ce « sang-mêlé » dans son pays de prédilection est envisagée pour la deuxième fois depuis le début de son mandat.
Au point que le président syrien Bachar Al Assad, si vilipendé par ailleurs mais dont la présence au sommet euro-méditerranéen de Paris est néanmoins ardemment souhaitée, apparaît, paradoxalement, et contre toute attente, comme le sauveur de la diplomatie sarkozienne en plein naufrage.
Amina Stilte - El Watan - le 26 juin 2008

lundi 23 juin 2008

Et pourquoi pas un Erasmus méditerranéen ?

Albert Claude Benhamou, professeur à l'université Pierre et Marie Curie (Paris-VI), plaide pour la création d'une université de l'Union pour la Méditerranée, voire d'une université numérique virtuelle de la Méditerranée.
Depuis l'Antiquité la Méditerranée a été au cœur du développement de la civilisation occidentale. Via les échanges commerciaux les croisements culturels se sont intensifiés entre les peuples de la mer du Milieu des terres des Hébreux, de la mer Blanche des Turcs, de la mer Blanche du milieu des Arabes, du Grand-Vert des Égyptiens, de la Mare Nostrum des Romains, ou encore de la mer de l'Ouest ou mer des Philistins de l'Ancien Testament.

Ces échanges sans cesse renouvelés au long de l'histoire des peuples des pays du bassin méditerranéen ont contribué à la constitution progressive d'une aire géoculturelle particulière, composée d'une mosaïque bigarrée et multiple de couches culturelles, philosophiques, religieuses, politiques, dont les apports ont fondé les valeurs civilisatrices les plus avancées du monde, celles qui font l'essence de la démocratie et du progrès.
À l'heure de la mondialisation, les risques d'appauvrissement culturel de l'humanité liés au développement d'une langue internationale dominante et de la pensée unique sont immenses.

C'est pourquoi il est essentiel de protéger les héritages culturels du passé, fondateurs de nos identités particulières, diverses et multiples, incluant le respect de l'autre, sa reconnaissance et ses droits : le capital culturel des peuples méditerranéens fait partie du patrimoine mondial de l'humanité et il est encore, et pour longtemps porteur de nouveaux enrichissements.

C'est la raison pour laquelle le projet d'Union pour la Méditerranée nous paraît avoir un formidable potentiel pour alimenter puissamment la capacité de résistance aux effets délétères d'une mondialisation de la pensée qu'il est urgent de combattre.

Cette fonction est au cœur des missions de l'Université garante du multiculturalisme et du passage de relais aux nouvelles générations des héritages des civilisations passées.
L'université de l'Union pour la Méditerranée de demain apportera ainsi une redynamisation spécifique et nouvelle de ses communautés régionales, qui, en s'associant, recréeront de la richesse dans les domaines du dialogue des civilisations, de la diversité des échanges multiculturels et multilingues.
Il sera ainsi essentiel que les communautés hispanophones, lusophones, arabophones, francophones, italianophones, anglophones, hellénophones, hébraïquophones, puissent se reconnaître dans de nouveaux liens et de nouveaux programmes de coopération, en assurant en particulier des parcours des formations scolaires et universitaires originaux, bi ou multilatéraux.
Cette union nouvelle permettra aux jeunes méditerranéens de pouvoir saisir la chance de puiser dans leurs racines régionales, les splendides richesses des savoirs de nos peuples.
L'aire géoculturelle méditerranéenne n'aura pas vocation à se refermer sur elle-même mais au contraire à s'ouvrir aux autres, en particulier aux pays de l'Union européenne qui pourront travailler dans une nouvelle complémentarité. C'est bien le sens de la déclaration de Nicolas Sarkozy lors de la Journée internationale de la francophonie, le 20 mars 2008, à la Cité universitaire à Paris : «Le sentiment d'appartenance à une communauté humaine et l'identité nationale sont les bases indispensables d'une plus grande ouverture au monde.»
Les contiguïtés interrégionales seront aussi mises à profit, entre l'espace méditerranéen et l'espace de l'Asie mineure et celui de l'Europe de l'Est par exemple. Au lieu d'être dans la verticalité des échanges Nord-Sud traditionnels, souvent porteurs de résidus néocolonialistes, l'Union pour la Méditerranée fonctionnera dans la transversalité. C'est cette «horizontalisation» des croisements culturels entre les pays du pourtour méditerranéen, qui est l'apport spécifique de ce projet, dont il faut saluer la pertinence et le besoin.
Les universitaires peuvent s'en réjouir, car cette opération d'ouverture et de transfert d'égal à égal est au cœur de leur mission. Enseignants et étudiants, citoyens concernés par les formations tout au long de la vie, pourront en effet trouver dans ce nouvel espace universitaire méditerranéen de nombreuses possibilités d'échanges solidaires qui se développeront dans le cadre d'un programme Erasmus méditerranéen, à l'instar du programme Erasmus européen, d'ores et déjà à l'œuvre, et qui est bien sûr un bon exemple à suivre.
C'est ainsi que se constitueront les fondations de l'université de l'Union pour la Méditerranée, dont l'influence et la diffusion des réalisations s'appuieront bien sûr sur les apports du numérique. En effet à l'ère du numérique, les moyens modernes de communication d'une université virtuelle de la Méditerranée, qui sera à construire, permettront dans tous les domaines de l'éducation, de la formation professionnelle, de la santé, du commerce, etc. le renforcement des échanges solidaires, des compétences et des «codiplômations», permis par les parcours du programme Erasmus méditerranéen à naître.
La Méditerranée apportera ainsi au monde de nouveaux bienfaits, en revalorisant l'héritage du passé, en lui donnant un nouveau sens, indispensable pour l'avenir des nouvelles générations. Avec Chateaubriand nous pourrions demander à cette mer bienfaisante : «Levez-vous vite, orages désirés !»
Le Figaro.fr - Lundi 23 juin 2008

L'Union méditerranéenne doit être un projet de civilisation

Mezri Haddad, philosophe tunisien, s'interroge sur ce que sera l'Union pour la Méditerranée voulue par Nicolas Sarkozy.
Désormais, il ne s'agit plus de l'Union méditerranéenne mais de l'Union pour la Méditerranée (UPM). Par-delà cette inflexion terminologique, que recèle cette nouvelle dénomination ?
Un abandon de l'ambition française originelle ou un changement sémantique dans la continuité stratégique ? Une chose est certaine, ce projet géopolitique majeur n'est plus exclusif mais inclusif : il ne concerne plus uniquement les pays des rives nord et sud de la Méditerranée, mais l'ensemble des États du Sud ainsi que tous les membres de l'Union européenne.
L'Allemagne a réussi à imposer ses exigences en phagocytant le projet initial, mais la France n'a pas pour autant perdu la face.
Et pour cause : en dépit des rivalités de leadership entre une Allemagne tournée vers l'est et une France regardant vers le sud ; nonobstant le refus ou la réticence de certains pays arabes de s'associer à une union où Israël est géographiquement concernée, la déclaration de naissance de l'UPM sera bel et bien annoncée le 13 juillet prochain, lors du sommet des chefs d'États à Paris.
Mais, suffit-il de naître pour exister ? Bien des questions demeurent en suspens : va-t-on définitivement abandonner le processus de Barcelone, lancé en 1995, et son excroissance, dialogue 5 + 5, initié en 2003 précisément pour relancer un partenariat euroméditerranéen agonisant faute de moyens et d'ambitions réelles ?
Va-t-on au contraire ne pas tenir compte de l'échec de ce processus, en choisissant de le réactiver moyennant quelques améliorations cosmétiques ou tactiques ?
D'une part les énormes investissements qui seront injectés dans certains ex-pays de l'Est que l'URSS a laissé exsangues, désormais futurs membres de l'UE, et d'autre part les investissements dans les pays du Sud, futurs membres de l'UPM, sont-ils conjointement possibles et compatibles ?
En d'autres termes, l'UE a-t-elle les moyens de cette double ambition ? Quels seront les projets prioritaires de l'UPM ? Quels vont être ses instruments institutionnels, son mode de gouvernance et ses moyens financiers ? Comment cette Union va-t-elle surmonter son principal talon d'Achille, à savoir tous ces conflits actuels ou potentiels : israélo-palestinien, syro-israélien, algéro-marocain sur la question du Sahara occidental, hispano-marocain sur la question de Ceuta et Melilla, hispano-britannique sur la question de Gibraltar, turco-grec sur la réunification de Chypre, libano-libanaise… ?
Et les États-Unis d'Amérique dans tout cela ? Ne voient-ils pas dans l'UPM un projet alternatif à leur éphémère et bien chaotique Grand Moyen-Orient ?

Déjà en 1989, dans ses Mémoires des deux rives, Jacques Berque, le précurseur de l'unité méditerranéenne, se demandait s'il n'y avait pas «quelques paradoxes à préconiser une construction méditerranéenne au moment où le pays (Liban) qui aurait dû en offrir l'exemple privilégié s'effondre dans la destruction.
Il faut l'avouer, entre la Palestine occupée, le Liban suicidaire et Chypre en trois morceaux, la Méditerranée fournit au monde un lugubre échantillonnage d'erreurs et de châtiments».
Malgré ses obstacles consubstantiels que les bonnes volontés finiront par vaincre , l'idée d'Union pour la Méditerranée reste mobilisatrice et porteuse d'espérance. C'est toujours par des vues utopiques que s'accomplissent les grands desseins. N'est-ce pas sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale que les bases de l'UE ont été jetées ?
Néanmoins, pour que l'UPM soit un projet d'avenir et qu'il soit profitable à l'ensemble des protagonistes, afin qu'il infléchisse la marche d'un monde unipolaire et de plus en plus menacé par les conflits régionaux et par le terrorisme, pour qu'il devienne un instrument de développement, de pacification et de concorde, il faut qu'il soit un projet de civilisation.
Bien plus qu'à l'émergence d'une nouvelle zone d'échange économique ou d'un nouveau bloc géopolitique, c'est à la naissance, ou plutôt renaissance, d'une civilisation méditerranéenne que nous devons tous travailler. Renaissance, car les racines existent et elles sont carthaginoise, grecque, romaine, juive, chrétienne, islamique. Quoi qu'en ait dit Paul Valéry, les civilisations ne sont pas mortelles. «Qu'est-ce que la Méditerranée ? s'interrogeait Fernand Braudel. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais une succession de civilisations entassées les unes sur les autres.»
La Mare Nostrum a été, en effet, un carrefour des civilisations et le berceau des trois grandes religions monothéistes. Cette «machine à civilisations», selon Paul Valéry, peut redevenir un grand bassin d'échange interculturel et de dialogue interreligieux, la source d'une civilisation résolument humaniste et universaliste, radical antidote au choc des civilisations conjecturé par Huntington.
Mais cette civilisation ne peut pas voir le jour sans la construction graduelle, par le changement des mentalités, d'une véritable identité commune méditerranéenne. L'Union doit pouvoir se réaliser sur la base d'un même repère identitaire et d'un même sentiment d'appartenance, celui a une histoire partagée et a un avenir commun. C'est encore Braudel qui écrivait : «Avoir été, c'est une condition pour être.»
Le Figaro.fr - Lundi 23 juin 2008

Non Delenda Carthago, Carthage ne sera pas détruite : Autopsie de la campagne antitunisienne (Broché) de Mezri Haddad (Auteur)
Editeur : Editions du Rocher (12 janvier 2006)

Alger entretient le suspense sur l'Union pour la Méditerranée

L'Algérie avive le suspense quant à sa participation à l'Union pour la Méditerranée (UPM), maintenant ses réserves sur un projet qu'elle juge aujourd'hui dévoyé.
Venu pour la première fois à Alger sceller deux accords "historiques" dans les domaines de la défense et du nucléaire civil, François Fillon a regagné dimanche la France sans l'assurance de la venue d'Abdelaziz Bouteflika le 13 juillet à Paris au sommet de l'UPM.
"Chaque chose en son temps", a simplement répondu le président algérien à l'issue de 02h20 de discussions auxquelles participait le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, présenté comme un islamo-conservateur par ses opposants.
Le Premier ministre français avait pris les devants en faisant savoir qu'il ne venait pas à Alger pour "décrocher la timbale", mais les pronostics optimistes de son entourage sur l'implication à venir de l'Algérie dans l'UPM ont été quelque peu "douchés" par le scepticisme d'Abdelaziz Belkhadem.
Alors que François Fillon se réjouissait du "bon accueil" des autorités algériennes à l'UPM et du "soutien" du président Bouteflika, lors d'une conférence de presse avec son homologue, ce dernier a déploré que le projet diffère des intentions initiales de Nicolas Sarkozy.
Le président français a arraché en mars l'appui de ses partenaires européens - des Allemands au premier chef - au prix d'une réécriture du projet.
"Aujourd'hui, nous ne savons pas encore si on doit discuter avec Paris ou avec Bruxelles en vue de constituer cette entité méditerranéenne", a déclaré Abdelaziz Belkhadem.
"Après la modification, le changement du premier projet, et étant donné la participation des 27 pays européens, le projet est complètement différent du projet initial présenté par le président Sarkozy", a-t-il souligné.SANS L'ALGERIE, PAS D'UPM?
François Fillon, qui n'a eu de cesse durant son séjour de rassurer les autorités algériennes sur "un pari audacieux", s'est efforcé de faire fléchir son interlocuteur dans une dernière tentative.
"Personne n'envisage que l'Union pour la Méditerranée puisse se construire sans l'Algérie, qui est un des acteurs majeurs autour des rives de la Méditerranée", a-t-il plaidé.
L'Algérie explique réserver sa réponse dans l'attente de "clarifications" sur un projet "flou" dont elle craint qu'il ne couvre une "normalisation rampante" avec Israël, ou Nicolas Sarkozy a entamé dimanche une visite d'Etat.
Les Algériens s'irriteraient en outre de la place dévolue au Maroc et à la Tunisie dans la future organisation méditerranéenne. L'Egypte a été choisie pour la vice-présidence, le Maroc serait pressenti pour le secrétariat et la Tunisie a été évoquée pour abriter le siège de l'UPM.
"Rien n'est arrêté", a assuré François Fillon. "Les candidatures sont sur la table et ce sont les chefs d'Etat qui décideront ensemble, d'ou l'importance de la présence de l'Algérie" le 13 juillet à Paris.
Le numéro un libyen Mouammar Khadafi, qui dénonce l'UPM comme un "affront" aux pays de la rive Sud, serait pour l'heure le seul dirigeant arabe décidé à boycotter le sommet.
"C'est tout le monde ou personne", plaide un diplomate français.
La venue du président syrien Bachar al Assad, et son invitation consécutive aux festivités du 14-Juillet, suscite la polémique en France. L'absence de l'ancien président Jacques Chirac, dont le vif antagonisme avec les dirigeants syriens est notoire, aux cérémonies de la fête nationale est imputée à la présence de Bachar al Assad.
"C'est l'honneur du président de la République d'avoir eu le courage d'inviter tous les dirigeants", a affirmé samedi François Fillon lors d'un discours devant la communauté française d'Alger. "Nous prenons des risques, mais c'est justement parce que nous prenons des risques que nous avons une chance d'obtenir des résultats", a-t-il dit.

Reuters - L'Express.fr - Dimanche 22 juin 2008

vendredi 20 juin 2008

Union pour la Méditerranée : un outil pour réduire l'insécurité

L'Union pour la Méditerranée (UPM) promue par la France pourrait être un outil efficace contre l'insécurité, à condition que les pays riverains puissent exprimer leurs priorités, a estimé mercredi le contre-amiral Jean-François Coustillière, président de l'ONG Horizons Méditerranée.
"On peut espérer un engagement plus fort et plus concret (...), peut-être une meilleure efficacité", a-t-il dit, s'exprimant sur "les défis sécuritaires" lors d'une réunion à Tunis sur le projet de l'UPM, qui doit être lancé le 13 juillet à Paris par le président Nicolas Sarkozy.
Selon cet expert, l'emploi, la satisfaction des besoins alimentaires et l'accès à l'eau sont des "priorités cruciales" en Méditerranée et constituent les causes du terrorisme, de l'immigration clandestine et des trafics de tous genres. "Pour réduire la menace terroriste et l'immigration clandestine, il faudra prendre en compte les causes", a-t-il expliqué en marge du colloque. "Garantir des conditions de vie meilleures aux populations revient à réduire assez vite les problèmes liés à la circulation des personnes et au terrorisme", a plaidé M. Coustillière.Selon lui, l'UPM pourrait être "un outil efficace" agissant aux côtés des organisations "ayant compétence sur l'ensemble du bassin" en matière de sécurité, à savoir l'OTAN et l'Union européenne.
"Ce qui manque, a-t-il souligné, c'est l'émergence d'une structure propre qui permettrait aux pays riverains, et à eux seuls, d'exprimer leurs priorités en termes de sécurité globale".
Il en veut pour preuve le dialogue sur la sécurité dit "5 + 5" qui "a su se concentrer sur des actions pratiques et concrètes", a-t-il affirmé, citant la surveillance maritime et aérienne, la protection civile et la formation.Ce cadre informel réunit, depuis 2004, 5 États du Maghreb (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie) et 5 pays du Sud de l'Europe (Espagne, France, Italie, Portugal et Malte).La sécurité en Méditerranée dépend des capacités à affronter les accidents et catastrophes, les risques économiques, sanitaires et civils, tout autant que le terrorisme et les problèmes migratoires.
AFP - le 20 juin 2008

jeudi 19 juin 2008

Union de la Méditerranée : le projet n’est pas assez clair

L’Algérie ne souhaite pas voir cette nouvelle initiative se transformer en forum qui ne viserait qu’à assurer la sécurité de l’Europe, voire d’Israël.
Dans son dernier numéro, l’organe central de l’armée, la Revue El Djeich vient d’apporter son appréciation sur le projet de l’Union pour la Méditerranée à un mois de la tenue du Sommet de Paris. «Ce Sommet peinera à rassembler tous les pays concernés du fait de l’existence de certaines situations conflictuelles», a écrit la revue El Djech. Evidemment, par situation conflictuelle, il faut entendre particulièrement la question palestinienne et les exactions perpétuelles d’Israël à l’encontre du peuple palestinien. Jusqu’à il y a quelques jours, l’armée israélienne bombardait et tuait sans distinction dans les territoires occupés. Sur cette question, l’organe central de l’ANP a rappelé la position de principe de l’Algérie en écrivant notamment: «Depuis les années 1970, l’Algérie prône l’établissement d’un véritable ensemble régional méditerranéen, elle ne souhaite pas avoir cette nouvelle initiative porteuse de valeur ajoutée se transformer en forum qui ne viserait ni plus ni moins qu’ à assurer la sécurité de l’Europe, voire d’Israël par une quelconque normalisation des relations entre les pays arabes concernés par l’UPM et l’Etat hébreu sans tenir compte de la question palestinienne». Aussi, la situation au Proche-Orient en général, la question palestinienne en particulier et les rapports des pays arabes avec Israël, constituent le point nodal de cette Union même si la France, initiatrice du projet, multiplie les promesses à l’approche du rendez-vous du 13 juillet à Paris. Puisque c’est de «clarifications» qu’il s’agit, El Djeich n’a pas été avare en étant d’une clarté sans appel: «Fidèle donc à ses principes, Alger refuse toute normalisation de ses relations avec Israël tant que la question palestinienne n’est pas définitivement réglée, avec la mise en place d’un Etat palestinien souverain et indépendant et le retour des millions de réfugiés». Tout y est dans ce passage. Car si les Européens ont esquissé dernièrement à Bruxelles l’architecture de la future organisation et ont réglé certaines questions, notamment le problème énergétique, il n’en reste pas moins que de l’autre côté de la Méditerranée, certaines choses restent en suspens.C’est la première fois que El Djeich s’exprime de façon aussi directe sur le projet de l’UPM dont le but «étant d’essayer de redémarrer un processus qui sur plusieurs volets, peine à s’imposer (...)» Si la nouvelle architecture ainsi proposée devait aider à satisfaire à terme les objectifs fixés, il y a dix ans à Barcelone, «chacun de ces derniers aspire individuellement à certains avantages», rappelle la revue soulignant avec force que «la répartition des postes clés de la structure décisionnelle de la future union souhaitée n’est pas précisée, bien que certains estiment que la participation au secrétariat de l’UPM d’un pays de la rive Sud contribuera à mieux gérer, et de façon paritaire, les projets puisqu’il sera chargé de les coordonner et de les promouvoir».
Brahim TAKHEROUBT - Le Quotidien l'Expression Online Algérie - le 19 juin 2008

dimanche 15 juin 2008

L'Union pour la Méditerranée toujours confrontée à des difficultés

A un mois de son coup d'envoi officiel au sommet de Paris, le projet d'Union pour la Méditerranée (UPM) cher à Nicolas Sarkozy continue à susciter réserves et controverses, ébranlé par les rodomontades du guide libyen Mouammar Kadhafi et les hésitations de la Turquie.
Longtemps, les critiques adressées à l'initiative française sont venues du Nord, notamment de la chancelière allemande Angela Merkel qui y voyait un ferment de division entre les pays de l'Union européenne (UE) riverains de la Méditerranée et leurs alliés "nordistes".
En acceptant d'y associer tous ses partenaires européens, Paris a finalement réussi en mars à rallier Bruxelles à une version amendée de son projet, sorte de version améliorée de l'actuel et peu efficace processus de Barcelone. Mais depuis quelques semaines, un nouveau vent de fronde s'est levé contre l'UPM, cette fois en provenance des pays du Sud.
La semaine dernière, les pays arabes ont profité d'une réunion du Forum de la Méditerranée à Alger pour demander des "clarifications sur les conséquences" de l'entrée d'Israël dans la future Union.La deuxième salve est venue mardi du colonel Kadhafi, qui n'a pas hésité à dire publiquement tout le mal qu'il pensait du projet de son "ami" Nicolas Sarkozy. "Nous ne prendrons en aucun cas le risque de déchirer l'unité arabe ou africaine", a lancé le dirigeant libyen, dénonçant l'UPM comme "un appât" ou "une forme d'humiliation".
Pour autant Paris assure ne pas craindre de vague anti-UPM de la part de ses alliés arabes. Ni même la répétition du front anti-israélien qui a paralysé le processus de Barcelone."Ces déclarations ne nous surprennent pas", assure un diplomate français, "la Libye avait déjà refusé d'entrer dans le processus de Barcelone parce qu'il faisait la part trop belle à l'Europe et qu'il incluait Israël".
"Ce qui nous rassure, c'est qu'aucun autre pays n'est sur la même ligne".Selon Paris, la plupart des pays arabes ont déjà confirmé leur présence au sommet du 13 juillet. "Nous attendons encore la réponse de l'Algérie, du Liban et de la Syrie", indique-t-on.
L'éventuelle venue du président syrien Bachar al-Assad, dénoncé notamment par les Etats-Unis et Israël comme soutenant le terrorisme, suscite déjà la polémique dans les rangs de l'opposition en France et de la majorité au Liban.
Outre ces atermoiements arabes, le succès du sommet de Paris est également suspendu à la participation de la Turquie, peu enthousiaste pour un projet volontiers présenté comme un "lot de consolation" au refus de certains pays, dont la France, de l'accepter au sein de l'UE.
"C'est vrai que la participation d'Ankara est étroitement liée à la question de son adhésion à l'UE", concède-t-on à Paris, "mais l'UPM est un projet à géométrie variable qui garantit que les absents n'empêcheront pas ceux qui le veulent de travailler ensemble".
Délibérément optimistes, les pilotes du futur partenariat assurent aussi que les tractations sur ses institutions sont "en bonne voie".La coprésidence "nord" sera confiée à la France pendant les six mois de sa présidence et devrait ensuite revenir, comme l'a souhaité Bruxelles, au futur président du Conseil européen, et celle du "sud" devrait revenir à l'Egypte.
La localisation du siège du secrétariat de l'UPM, que se disputent Rabat, Tunis et Malte, "sera tranchée d'ici le sommet".
Et s'ils concèdent des "soucis de protocole" pour le sommet de Paris, les architectes du projet restent persuadés de son succès. "Quelles que soient leurs sensibilités, tous les pays concernés ont bien compris que l'UPM était de leur intérêt", résume l'un d'eux.
AFP - le 14 juin 2008

Réserves et controverses bloquent l'Union pour la Méditerranée

Après les réserves d’Alger et l’opposition de Mouammar Kadhafi au projet de Nicolas Sarkozy, c’est au tour d’Ankara de faire part de ses hésitations sur la question, car elle y voit “un lot de consolation” au refus de certains pays, dont la France, de l'accepter au sein de l'Union européenne.
Plus la date du lancement de l’Union pour la Méditerranée, 13 juillet à Paris, se rapproche, plus le nombre d’opposants au projet semble augmenter. En effet, la Turquie est venue s’ajouter aux pays ayant formulé des réserves sur le sujet.
C’est dire que Nicolas Sarkozy devra cravacher dur pour s’assurer de la présence de tous les concernés à son rendez-vous parisien. Lui, qui pensait avoir fait le plus dur en ralliant à sa cause la chancelière allemande Angela Merkel, laquelle voyait dans l’UPM un ferment de division entre les pays de l'Union européenne (UE) riverains de la Méditerranée et leurs alliés “nordistes”, devra trouver d’autres arguments pour convaincre Alger, Tripoli et Ankara de la justesse de son initiative.
Outre les clarifications demandées par l’Algérie, les pays arabes ont profité de la réunion d’Alger du Forum de la Méditerranée pour demander eux aussi des “clarifications sur les conséquences” de l'entrée d'Israël dans la future union. Voilà un point qui peut enterrer définitivement l’Union pour la Méditerranée, tant le différend israélo-arabe est profond et ne peut être résolu aussi aisément. Apparemment, le front anti-israélien qui a paralysé le processus de Barcelone est sur le point d’en faire de même avec l’UPM.
En dépit de cela, l’Elysée tente de se rassurer en affirmant que la plupart des pays arabes ont déjà confirmé leur présence au sommet du 13 juillet. Ajoutant son grain de sel, le colonel Kadhafi n'a pas hésité à dire publiquement tout le mal qu'il pensait du projet de Nicolas Sarkozy. “Nous ne prendrons en aucun cas le risque de déchirer l'unité arabe ou africaine”, a-t-il crié haut et fort lors d’un sommet de chefs d’État arabe concernés par l’UPM à Tripoli. Le leader libyen est allé jusqu'à dénoncer le projet de Sarkozy comme “un appât” ou “une forme d'humiliation”.
En plus de cela, le chef de l’État français est appelé à sortir le grand jeu pour rallier à sa cause la Turquie, laquelle affiche clairement son hésitation à répondre présent au rendez-vous parisien. En voulant terriblement à Sarkozy pour son refus de l’accepter au sein de l’Union européenne, Ankara n’est point enthousiaste pour s’engager dans ce projet qu’il voit comme un “lot de consolation” au refus de son intégration à l’UE. D’ailleurs, Paris concède que “la participation d'Ankara est étroitement liée à la question de son adhésion à l'UE”, mais argue que “l'UPM est un projet à géométrie variable qui garantit que les absents n'empêcheront pas ceux qui le veulent de travailler ensemble”.
En dépit de cela, les architectes du projet restent persuadés de son succès et s’attellent à mettre au point les ultimes retouches. Ainsi, il est prévu que la coprésidence “nord” soit confiée à la France pendant les six mois de sa présidence et devrait ensuite revenir, comme l'a souhaité Bruxelles, au futur président du Conseil européen, et celle du “sud” devrait revenir à l'Égypte. Quant à la localisation du siège du secrétariat de l'UPM, que se disputent Rabat, Tunis et Malte, elle sera tranchée d'ici le sommet du 13 juillet prochain.
Abdelkamel K. - Liberté Algérie - le 15 juin 2008

vendredi 13 juin 2008

Grand Forum - Union pour la Méditerranée : Sur la voie d'un progrès partagé

Samedi 14 juin 2008 de 9h à 18h à Sciences Po Paris Amphithéâtre Emile Boutmy Organisé par l'association Les élèves de Sciences Po - Union Pour la Méditerranée, en partenariat avec la Chaire Moyen-Orient Méditerranée de Sciences Po, la Maison de l'Union méditerranéenne, et les Amis du Golfe.
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Programme :
9h00 Ouverture des travaux Ahmed JERBI, Président fondateur de l’association "Les Elèves de Sciences Po - Union Pour la Méditerranée"

1) Les pays du Golfe peuvent-ils jouer un rôle dans l'Union pour la Méditerranée ?
9h10 - 10h40+ en association avec "les Amis du Golfe"
Intervenants :
- Antoine BASBOUS, politologue, directeur et fondateur de l'Observatoire des Pays Arabes,
- Mohammed El OIFI, politologue, maître de conférences à Sciences Po, spécialiste des médias arabes
- Denis BAUCHARD, chercheur à l'IFRI, ancien diplomate, ancien président de l'Institut du Monde Arabe
Modérateur : Amira SOUILEM, Ecole de journalisme de Sciences Po.

2) Quels dispositifs en faveur de la jeunesse méditerranéenne : formation, recherche scientifique, monde associatif
10h50 - 12h15 + en association avec "La Maison de l’Union Méditerranéenne "
Intervenants :
- Violette ATTAL-LEFI, avocate, présidente de Synergie Euro-Méditerranée SEM
- Monique BOURY, avocate, présidente du centre français des ONG pour la liaison et l’information des Nations Unies
- Arezki DAHMANI, professeur-chercheur et Directeur des Etudes à l'université de Paris XIII, secrétaire général de la Maison de l’Union Méditerranéenne (MUM)
- Elisabeth GUIGOU, députée, plusieurs fois ministre.
Modérateur :Amira SOUILEM, Ecole de journalisme, Sciences Po

3) L'harmonisation des cadres juridiques, préalable à la construction économique de l'Union pour la Méditerranée ? Enjeux, perspectives et limites
12h25 - 14h00
Intervenants :
- Nadir HACENE, Docteur en Droit, Avocat, Responsable de la commission Euro- Med A.A.B.P
- Guillaume ALMERAS, associé-gérant de BGV Consulting, membre de l'Institut de Prospective et d'Etude pour la Méditerranée
- Mohamed CHEHAT, Avocat, Docteur en Droit International
Modérateur :- Alexandre CORDAHI, Avocat, Expert Projet Union Européenne, Vice Président A.A.B.P chargé de la coordination des commissions.

4) La promotion de la Paix et le dialogue des cultures : enjeux majeurs pour l'Union pour la Méditerranée
14h10 - 16h10
Intervenants :
- Jean DUFOURCQ, directeur de recherche au centre d’études et de recherche de l’Ecole militaire et spécialiste des questions méditerranéennes.
- Jacques HUNTZINGER, Ambassadeur chargé du dialogue culturel en Méditerranée.
- Béatrice PATRIE : Députée européenne, présidente de la délégation du Parlement Européen pour les pays du Mashrek. Membre de l'assemblée parlementaire Euroméditerranéenne. Déléguée nationale du Parti Socialiste à la coopération en Méditerranée.
- Bernard PIGNEROL, délégué général aux relations internationales et conseiller diplomatique du maire de Paris
- Antoine SFEIR, professeur en Relations Internationales, directeur des Cahiers de l’Orient, Président du Centre d’études et de réflexions sur le Proche-Orient
Modérateur : Gérard SEBAG, Directeur des relations internationales de France Télévisions.

5) L'entreprenariat méditerranéen : réalités et perspectives
16h25 - 17h50
Intervenants :
- Julie BENOIST, chargée de mission bassin méditerranéen au MEDEF international
- Jean-Louis GUIGOU, président de l’Ipemed, Institut de Prospective Economique du Monde méditerranéen.
- Henry MARTY-GAUQUIE, directeur à la Banque Européenne d’Investissement BEI
- Olivier PASTRE, Professeur d'économie à l'Université de Paris VIII, président de la banque IM Bank (Tunis), et membre du Cercle des économistes.
- Paul THOLLY, Directeur Associé de Sigefi/Groupe SIPAREX, Secrétaire Général d’EuroMed Capital Forum Modérateur :Sarah MORSI, étudiante à Sciences Po.

17h50-18h00 Clôture des travaux

Le mot du président Ahmed JERBI - Les élèves de Sciences Po - Union Pour la MéditerranéePrésident fondateur

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En savoir + :
Lieu :Sciences Po Paris27 rue St Guillaume/ 7ème. Métro Sèvres Babylone ou Saint Germain des Coordonnées :
ahmed.jerbi@sciences-po.org
L'association : Les élèves de Sciences Po - Union Pour la MéditerranéeObjet : L'association ambitionne d'être un think tank étudiant capable de travailler sur les différents aspects politique, juridique, économique, financier, social et culturel- du projet d'Union Méditerranéenne proposé par la France. Une organisation souple en groupes de travail privilégiant le volontariat et l'autonomie, permettra toutes sortes de rencontres avec les décideurs, les universitaires et les représentants de la société civile.
Au programme: colloques, conférences, débats, études, publications, partenariats, en France et à l'étranger, voyages et événements culturels.
Responsables : Ahmed JERBI, Ismaïl MORSLI, Rivka AZOULAY
union.mediterranenne@sciences-po.org

Congrès sur l'Union pour la Méditerranée : La crise du Moyen-Orient au premier plan

Pascal Boniface, directeur de l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques), a participé au congrès de Fès sur l'Union pour la Méditerranée (UPM). Il nous livre dans cet entretien ses idées sur ce projet. Pour lui, les différences de culture entre les pays de la Méditerranée ne doivent pas être considérées comme un obstacle, mais plutôt un catalyseur devant stimuler la mise en œuvre de ce projet. Toutefois, la grande source de blocage tient à l'existence de certains conflits politiques qui perdurent
Croyez-vous en une Union pour la Méditerranée malgré les conflits politiques, les différences culturelles, les inégalités économiques, démographiques et les défis écologiques?
PB : Vous évoquez plusieurs facteurs qui pourraient empêcher l'Union pour la Méditerranée de réussir. Ils sont d'ordres différents. Les diversités culturelles ne doivent pas être considérées comme un obstacle, mais comme une raison supplémentaire de mettre en œuvre ce projet. Ces différences ne doivent pas être une source de problème, mais un facteur d'enrichissement mutuel. Nous avons tous à apprendre les uns des autres. Il ne faut pas avoir l'illusion qu'une culture serait supérieure à l'autre. Elles sont différentes. Les inégalités économiques et démographiques sont d'un autre ordre. Si, effectivement, il y a, d'un côté de la Méditerranée, développement économique et ralentissement démographique et, de l'autre, un moins grand développement et une explosion démographique, cela constitue un sérieux problème. L'Union pour la Méditerranée peut apporter des corrections à ces différences en favorisant un développement harmonieux du Sud. Il s'agira aussi de mieux organiser les flux migratoires et de permettre aux pays des deux rives de travailler ensemble pour dégager les synergies et les complémentarités possibles. Quant aux défis écologiques, ils posent des problèmes d'une autre nature.

La question de l'environnement relève de l'intérêt général...
PB :
Effectivement, nous avons tous intérêt à s'occuper de l'environnement. A commencer par la lutte contre le réchauffement climatique pour asseoir les bases du développement durable. Seulement, le respect de l'environnement ne veut pas dire arrêter la croissance, mais la rendre compatible avec les défis écologiques. Comme l'a dit Saint-Exupéry: "La Terre n'est pas un héritage que nous recevons de nos ancêtres, mais un emprunt que nous faisons à nos descendants". S'il y a une pollution en Méditerranée, tous les pays riverains seront atteints sans distinction. Enfin, les conflits politiques, eux, peuvent effectivement, s'ils persistaient, empêcher les progrès majeurs possibles. On a parfois fait un parallèle entre l'Union européenne et la paix. Or, l'Union n'a été rendue possible que grâce à la paix, au demeurant, décidée par les ennemis d'hier. La paix a précédé l'Union pas l'inverse. En Méditerranée, la persistance du conflit israélo-palestinien empêchera l'Union pour la Méditerranée de réussir pleinement.

Comment l'Union pour la Méditerranée peut-elle contribuer à atténuer les conflits existants?
PB : Ce n'est pas l'Union pour la Méditerranée qui peut contribuer à atténuer les conflits existants. Cela relèverait beaucoup plus de la volonté politique des protagonistes et de la communauté internationale. Or, pour le moment, on constate que les protagonistes directs du conflit, Israéliens et Palestiniens, n'arrivent pas à s'entendre et que la communauté internationale ne joue pas son rôle et laisse les parties du conflit (dont la puissance est très inégale) livrées à elles-mêmes.

Ne croyez-vous pas que le projet de l'Union pour la Méditerranée est plutôt motivé par la volonté de combattre le terrorisme? Ce qui empêche l'instauration d'un climat de confiance... Comment dépasser cette situation?
PB : Si la motivation principale ou essentielle pour établir cette Union pour la Méditerranée se limitait à la lutte contre le terrorisme, le projet n'aurait pas un bel avenir. Mais il faut d'abord s'entendre sur la définition de la lutte contre le terrorisme. Chacun y a intérêt. Mais lutter contre le terrorisme pour moi ne signifie pas uniquement mettre en place un dispositif policier et sécuritaire. Il s'agit, avant tout, de penser un dispositif politique. Par exemple, en aidant à la résolution du conflit israélo-palestinien, indéniablement, on lutte contre le terrorisme. S'attaquer aux racines politiques des conflits, s'attaquer à la misère, c'est une façon de lutter contre le terrorisme.

Quels objectifs concrets fixez-vous pour ce projet? Quelles sont vos recommandations pour contribuer à établir une véritable union pour la Méditerranée ?
PB :
les objectifs concrets sont une meilleure coopération sur une base égalitaire entre les riverains de la Méditerranée. Le danger principal est la perpétuation des conflits politiques. Au premier rang, le conflit israélo-palestinien.
Pascal Boniface Directeur de l'IRIS (en collaboration avec Youness Saad Alami -L’Economiste du Maroc, juin 2008

L'Union pour la Méditerranée tourne au casse-tête israélo-arabe pour Nicolas Sarkozy

A près d'un mois du lancement de l'Union pour la Méditerranée (UPM) chère à Nicolas Sarkozy, la France peine toujours à convaincre les dirigeants arabes de participer au sommet du 13 juillet à Paris aux côtés d'Israël, alors que la perspective de la présence éventuelle de Bachar el-Assad au défilé du 14-Juillet provoque des remous.
Réunir les représentants de pays comme Israël, la Libye, la Syrie, l'Autorité palestinienne, le Maroc ou l'Algérie autour de la même table, "c'est extrêmement difficile", reconnaissait déjà le 14 mars dernier Nicolas Sarkozy, avant d'ajouter: "c'est pas une raison pour pas le faire".
La complexité du projet se confirme: Paris tente de convaincre le président syrien Bachar el-Assad ou l'algérien Abdelaziz Bouteflika de venir à Paris, tandis que le libyen Moammar Kadhafi a déjà dit tout le mal qu'il pensait de l'UPM et que la classe politique française s'émeut de la présence annoncée du raïs de Damas au 14-Juillet.
La totalité des chefs d'Etat conviés au sommet de l'UPM -soit une quarantaine de représentants de l'Union européenne et des pays de la rive sud de la Méditerranée-ont été invités à participer aux festivités de la fête nationale le lendemain, et en particulier au défilé sur les Champs-Elysées, selon l'Elysée. Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon sera alors l'invité d'honneur de la France.
Mais la présence de Bachar el-Assad à cette occasion fait tousser: c'est "problématique", avait déjà jugé le président du MoDem François Bayrou dimanche. Le Premier secrétaire du PS François Hollande s'était aussi dit lundi très réticent: "pour le 13 juillet, c'est une rencontre de tous les pays méditerranéens, la Syrie est un pays qui compte dans cette région, c'est normal qu'elle y soit, y compris par son représentant. En revanche, le 14 juillet, c'est la fête nationale".
"Donner à ce pays, à ce président, la reconnaissance majeure que représente la présence sur les Champs Elysées le jour de la fête nationale, oui ça me gêne", a également déclaré jeudi l'ancien ministre socialiste Pierre Moscovici sur RTL.
"C'est une main tendue", a plaidé jeudi sur RTL la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade. "C'est une chance de réussir la paix (au Liban, NDLR), ce n'est pas un quitus".
Selon le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, interrogé lundi sur RTL, le président syrien "a dit par téléphone au président Sarkozy, qu'il serait là" le 13 juillet, ce que ne confirmait pas jeudi l'Elysée.
L'enjeu est de taille pour Paris: la présence de Bachar el-Assad contribuerait à lever les réticences des pays arabes à l'égard de la présence d'Israël dans le projet d'UPM. Réunis à Alger le 6 juin dernier, ils ont en effet réclamé des "clarifications" sur ce point.
Quelques jours plus tard, Moammar Kadhafi jetait un pavé dans la mare en rejetant publiquement le projet d'UPM lors d'un mini-sommet à Tripoli. Celui qui avait été reçu pendant cinq jours en grandes pompes à Paris en décembre -et qui a aussi été convié pour le 13 juillet-a exhorté les dirigeants arabes à ne pas adhérer au projet.
C'est dans ce contexte délicat que la visite d'Etat en Israël de Nicolas Sarkozy, programmée du 22 au 24 juin, semblait devenir incertaine jeudi. Un report est possible en raison de la situation politique sur place, a-t-on appris dans l'entourage du président français.
"La situation là-bas est compliquée", soulignait-on, en affirmant que la demande émanait des autorités israéliennes. Toutefois, "nous n'avons pas encore pris de décision".
Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a annoncé jeudi que son Parti travailliste présenterait le 25 juin un projet de loi en vue de dissoudre le Parlement et provoquer des élections anticipées, accentuant la pression sur le Premier ministre Ehoud Olmert, au centre d'une affaire de corruption.
"Pour ce que nous en savons, la visite est prévue pour la fin du mois", assurait-on néanmoins dans l'entourage de M. Olmert. Ce serait la première visite d'un président français en Israël depuis 1995.
Quant au sommet de l'UPM, "les Français nous ont conviés et nous examinons cette demande de façon favorable", expliquait-on de même source. Aucune rencontre Olmert-Assad n'est prévue à Paris, mais "ce serait quand même intéressant d'avoir ces dirigeants ensemble sur la même photo, non? Les réunir dans la même pièce (...) cela n'arrive pas tous les jours...".

La Presse Canadienne - le 12 juin 2008

Brève histoire de la création de l'Union pour la Méditerranée

A un mois de son lancement officiel prévu le 13 juillet prochain à Paris, que reste-t-il du nébuleux projet d'Union pour la Méditerranée (UPM, ex-Union méditerranéenne) voulu par Nicolas Sarkozy ?Pour mémoire, rappelons l'histoire du projet.
Le 6 mai 2007, à l'issue du second tour de l'élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy lance à la surprise générale un de ces missiles fumeux dont son conseiller spécial Henri Guaino a le secret. Le nouveau locataire de l'Elysée promet ni plus ni moins de bâtir de ses petites mains une "Union méditerranéenne".
L'idée de cette nouvelle union entre les pays des deux rives de la Méditerranée était apparue deux ans auparavant, lancée par Jean-Louis Guigou, ex-directeur de la DATAR, et Panagiotis Roumenotis, ex-ministre des Finances grec et président du CALAME (Centre d'Analyse et de Liaison des Acteurs de la Méditerranée). Constatant l'échec lamentable d'Euromed, plus connu sous le nom de Processus de Barcelone, initié lui en 1995 pour aider au développement des pays méditerranéens, les deux hommes pensent qu'il faut créer une "Communauté du Monde méditerranéen" plus ou moins calquée sur celle de l'Europe. Des intellectuels néo-conservateurs pro-israéliens reprennent l'idée lorsque Israël déclenche en août 2006 sa désastreuse guerre contre le Liban chiite.
Pour ces idéologues, faire coopérer l'Etat juif et les pays arabo-musulmans méditerranéens dans une même communauté économique permet avant tout de diviser le monde arabe et de faire taire ses critiques contre Israël. Ils s'inspirent en cela du plan du Grand Moyen-Orient lancé par l'administration Bush, dont l'idée principale était d'apporter "la paix et la démocratie" en recomposant tous les pays du Moyen-Orient au sein d'une même unité politique.
On sait aujourd'hui ce que cela a donné mais l'idée ne manque pas d'inspirer le très atlantiste et très pro-israélien Nicolas Sarkozy qui s'empare du projet, d'autant plus que celui-ci peut en plus constituer un lot de consolation pour la Turquie dont il refuse catégoriquement l'adhésion à l'Union Européenne. Il nomme un diplomate, Alain Le Roy, chargé d'étudier le dossier puis, en visite d'Etat au Maroc en octobre 2007, il prononce un discours qui appelle tous les hommes de bonne volonté des pays riverains de la Méditerranée à mettre en place avec lui une "coopération d'égal à égal entre le Nord et le Sud", notamment en matière économique et politique, mais aussi militaire, culturelle et sociale.
Reproduire l'expérience de la construction europénne à l'échelle des pays de la Méditerranée est selon lui le meilleur moyen de sortir du "cycle infernal de la vengeance et de la haine" entre Israël et les Arabes.Mollement appuyé par la Grèce, l'Espagne et l'Italie, le projet sarkozyste d'Union méditerranéenne s'élance dès lors laborieusement sur les rails... avant de stopper bientôt devant la chancelière allemande Angela Merkel.
Cette dernière, qui ne cache pas sa préférence pour les pays d'Europe de l'Est, exprime clairement son mécontentement, estimant que ce projet monté sans aucune concertation fait concurrence à l'Europe en marginalisant ses institutions et risque même d'en entraver la construction. Plusieurs capitales ainsi que la Commission et le Parlement européen sont tout aussi réticents, jugeant peu claire cette initiative du président français qu'ils soupçonnent de vouloir faire cavalier seul pour étendre sa zone d'influence vers le sud.
À Paris, même Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'État à l'UE chargé entre autres travaux de préparer la présidence française de l'UE du second semestre 2008, juge que le projet d'Union méditerranéenne tel que "pensé" par Henri Guaino et Nicolas Sarkozy brouille la politique européenne de la France. Du coup, Nicolas Sarkozy doit en rabattre sérieusement sur ses prétentions.
Lors du sommet européen de mars 2008, conformément aux voeux d'Angela Merkel, c'est finalement toute l'Union Européenne qui entre dans le projet d'Union méditerranéenne, vidé auparavant de sa substance et amputé de ses objectifs au profit d'une revitalisation du Processus de Barcelone agonisant.
Les ambitions, les champs d'intervention et le budget du projet sont foncièrement réduits et recadrés car pour l'Europe il s'agit désormais d'établir de simples échanges dans des domaines consensuels comme l'environnement, l'énergie, l'eau, les transports ou encore la formation et la culture.
À l'occasion, le partenariat euro-méditerranéen pourra éventuellement lui être utile pour parler aussi commerce, sécurité, lutte antiterroriste ou flux migratoires. Pas moins de 44 pays, dont une moitié non-méditerranéens, peuvent du coup participer: les 27 états membres de l'Union Européenne, les 13 membres du Processus de Barcelone (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte, Mauritanie, Jordanie, Israel, Turquie, Liban, Syrie, Albanie et Palestine), et quelques autres pays comme la Croatie, la Bosnie, le Monténégro et la principauté de Monaco. Pour que les choses soient bien claires, le projet de Nicolas Sarkozy est même rebaptisé: il ne s'appelle plus "Union méditerranéenne" mais "Union pour la Méditerranée".
Enfin, dernier petit camouflet, la Commission européenne fait savoir qu'elle ne souhaite pas que Nicolas Sarkozy assure la présidence de l'Union pour la Méditerranée en 2008 et précise que l'éventuel engagement de la Turquie dans le projet n'excluera pas ce pays du processus d'adhésion à l'UE.
Du côté arabe -- 9 pays arabes plus les Palestiniens sont concernés --, le projet d'Union pour la Méditerranée est mollement approuvé par le Maroc de Mohammed VI, la Tunisie de Ben Ali et l'Egypte de Moubarak, tous soumis à l'activisme brouillon qui tient lieu de diplomatie française.
Mais de sérieuses réserves, voire de franches oppositions, se font entendre ailleurs. Le concept de "Politique Européenne de Voisinage" (PEV), qui a supplanté le Processus de Barcelone et qui consiste à "offrir aux pays du Sud l'occasion de participer à diverses activités de l'UE par le biais d'une coopération étroite sur les plans politique, économique, culturel et sécuritaires", selon les documents préparatoires du projet d'UPM, laisse très sceptiques des pays comme l'Algérie d'Abdelaziz Bouteflika, la Syrie de Bachar Al-Assad ou encore la Lybie de Mouammar Kadhafi. Le Liban et la Turquie restent eux aussi très méfiants sur ce projet ausi vague que flou de partenariat euro-mediterranéen.
Plusieurs autres pays demandent des éclaircissements, notamment sur les volets "financement" et "sécurité", craignant un marché de dupes en raison du fort désiquilibre entre les deux rives et du manque de précision sur l'engagement financier de l'Europe. En treize années d'existence, les dépenses en faveur des programmes méditerranéens (MEDA) n'ont en effet même pas atteint le seuil de 9 milliards d'euros. Sans réponses à leurs questions, tous s'interrogent donc sur la stratégie et les moyens mis en oeuvre par Nicolas Sarkozy et tous se demandent également pourquoi limiter l'Union pour la Méditerranée à seulement dix pays arabes alors que des pays d'Europe de l'Est et de la Baltique en font eux partie.
Mais pour beaucoup, c'est avant tout le conflit israélo-palestinien qui constitue un obstacle majeur au partenariat, l'UE et Nicolas Sarkozy ayant jusqu'à présent fait preuve d'un engagement nettement pro-israélien. Quoiqu'en dise le président français qui affirme que la présence d'Israël ne pose "pas de problème" à plusieurs pays arabes, de nombreuses questions demeurent dans ces pays sur le rôle de l'Etat hébreu au sein d'un tel ensemble. S'afficher en outre le 13 juillet prochain à Paris en compagnie du Premier ministre israélien Ehud Olmert sur la photo de baptême de l'Union pour la Méditerranée, c'est aussi quelque part cautionner les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis par Israël au Liban, en Syrie et dans les Territoires palestiniens.
Et même si le président palestinien Mahmoud Abbas annonce sa venue au raout sarkozyste, ainsi que le nouveau président du Liban Michel Sleimane, et même peut-être le président syrien Bachar Al-Assad, la Ligue arabe n'apprécie guère la tentative française de normaliser comme si de rien n'était les relations israélo-arabes en dehors des résolutions de l'ONU et du Plan de paix qu'elle a adopté en 2002 à Beyrouth.
Celui-ci comporte notamment une résolution essentielle -- confirmée encore lors du dernier sommet arabe de Ryad (Arabe Saoudite) -- qui réclame l'évacuation des territoires palestiniens occupés illégalement par Israël depuis 1967 contre la normalisation des relations israélo-arabes.Lors du mini-Sommet des Chefs d'Etat arabes -- Algérie, Tunisie, Lybie, Maroc, Syrie et Mauritanie étaient présents -- tenu les 10 et 11 juin à Tripoli pour examiner différents sujets portant sur l'Union du Maghreb Arabe (UMA) et l'Union pour la Méditerranée (UPM), le colonel Kadhafi, revêtant son habit de leader panafricain, n'a pour sa part pas hésité à qualifier l'initiative sarkozyste de manoeuvre pour casser l'unité arabe.
Exprimant franchement ce que d'autres expriment plus diplomatiquement, il a souligné que "Si l'Europe veut coopérer avec nous, qu'elle le fasse avec la Ligue arabe ou l'Union africaine". Selon le Guide de la Jamahiriya libyenne, "L'Union Européenne veille sur son unité et a rejeté fermement l'initiative de notre cher ami Sarkozy. La Ligue arabe n'acceptera de même pas plus de disperser ses rangs et de détruire son unité", ajoutant que "Les pays arabes ne sont ni des affamés ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os.
Ce sont eux qui ont besoin de nos richesses et de notre pétrole".Quelques jours auparavant, lors de la 15ème conférence ministérielle du Forum méditerranéen (Formed) qui a réuni 11 pays le 6 juin à Alger, l'Algérie a également exprimé de sérieuses réticences sur cette Union pour la Méditerranée, souhaitant d'abord recevoir davantage de précisions sur le financement et la finalité du projet.
Les diplomates algériens ont en particulier tenu à souligner que les pays membres de la future UPM n'ayant pas de relations avec Israël ne doivent pas être contraints de coopérer avec l'Etat hébreu tant que la question palestinienne ne sera pas réglée. Le président Bouteflika a en outre encore de sérieux griefs contre Nicolas Sarkozy et il tient à régler quelques comptes avant de se prononcer sur sa participation au sommet fondateur de l'UPM. Bernard Kouchner, débarqué à Alger en espérant y cueillir des voix de nouveaux membres, n'a pu que rentrer bredouille à Paris.
Le Maroc a de son côté décidé de participer à l'UPM, mais sans beaucoup d'enthousiasme, craignant également que l'UE monopolise selon son bon vouloir les futures décisions. Rabat a d'ailleurs déjà fait savoir que le roi Mohamed VI sera sans doute diplomatiquement occupé ailleurs le 13 juillet.
Très critique sur le projet, la Syrie profite pour sa part du soudain intérêt que lui prodigue la France depuis quelques semaines, alors que Nicolas Sarkozy, à l'instar de son mentor George W. Bush, l'avait il y a peu carrément mis au ban des états fréquentables et avait rompu toute relation avec Bachar Al-Assad. Ce dernier est aujourd'hui en train de monnayer, sans doute chèrement, sa présence au sommet de Paris.
Ne reculant devant aucun argument, l'Elysée l'a même invité à assister le lendemain, avec les autres chefs d'Etat présents, au défilé du 14 juillet. Tant pis pour le symbole des Droits de l'homme, qui de toutes façons en a déjà vu bien d'autres sous Sarkozy (cf. la visite du colonel Kadhafi à Paris en décembre 2007).
Quant à la Turquie, elle n'oublie pas que Nicolas Sarkozy est l'un des plus farouches opposants à son adhésion à l'Europe et elle entend bien lui faire payer ses prises de position. Ankara est en mesure d'entraver sérieusement les projets de la France et de l'Europe, notamment en matière énergétique et militaire, et la présence du président turc Abdullah Gül à Paris le 13 juillet est loin d'être acquise.
Seules la Tunisie de Zine el-Abidine Ben Ali et l'Egypte de Hosni Moubarak -- à qui Nicolas Sarkozy a très imprudemment fait miroiter la co-présidence et le siège du secrétariat de l'UPM -- semblent favorables, sous certaines réserves, au projet d'Union pour la Méditerranée.Au final, malgré l'activisme d'un Quai d'Orsay prêt à toutes les compromissions pour que le baptême de l'UPM ne se transforme pas le même jour en funérailles de la diplomatie française, la suspicion et les interrogations demeurent pour la plupart des pays de la rive sud de la Méditerranée. Le projet reste trop nébuleux et l'objectif du président français -- qui multiplie par ailleurs les déclarations contradictoires -- de les conduire à réhabiliter Israël via cette union avec l'Europe n'est sans doute pas le meilleur moyen de les mobiliser.
Ce d'autant plus qu'il a pesé de tout le poids de la France pour que l'UE signe à part le 16 juin, à peine trois jours après le sommet de Paris, un partenariat renforcé avec Israël, introduisant ainsi de sérieux doutes sur ses promesses de traitement équilibré et égalitaire.Après son recadrage de fond en comble par l'Europe, le projet d'Union pour la Méditerranée cher à Nicolas Sarkozy devra donc sans doute encore une fois être réécrit s'il ne veut pas suivre le destin de feu le Processus de Barcelone.
Cette fois sans arrière-pensée, en expliquant clairement les objectifs, et sans oublier les desiderata des pays arabes impliqués dans le projet sans avoir rien demandé.
La République des Lettres, jeudi 12 juin 2008

Les défis de l'Union pour la Méditerranée

Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy a fait de l'Union pour la Méditerranée (UPM) son projet phare en politique étrangère. A la veille de la réunion des dirigeants des pays concernés le 13 juillet, l'UPM a encore de nombreux défis à relever.
L'origine de l'Union pour la Méditerranée
Le projet de rapprochement des deux rives de la Méditerranée a été formellement lancé en 1995 sous le nom d'Euromed avec le processus de Barcelone. C'est la rencontre des Quinze avec les pays tiers méditerranéens, c'est-à-dire les pays arabes et Israël. Il s'agissait de rechercher à la fois une stratégie économique et une stratégie de sécurité.
Les Français et les Espagnols, à la pointe de la Conférence Euromed, étaient très inquiets de la poussée islamiste et des pressions migratoires notamment en Algérie et au Maroc.
Assez rapidement, avec l'assassinat du Premier ministre israélien Itzhak Rabin en novembre 1995 et le retour du Likoud au pouvoir, la machine s'est grippée, et quasiment tout le volet politique du processus de Barcelone est tombé à l'eau, les accords bilatéraux reprenant le dessus sur le cadre multilatéral. Depuis, de la deuxième Intifada au 11 septembre, l'idée d'un vaste cadre multilatéral qui puisse déboucher sur du concret est apparue de plus en plus impossible à atteindre.

Pourquoi Sarkozy veut il relancer le processus Euro-méditerranéen ?
Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy a multiplié les voyages officiels en Afrique du Nord, affichant son désir de reprendre l'initiative dans cette zone traditionnelle d'influence. Depuis quelques années, la part de marché de la France dans les pays du Maghreb diminue régulièrement : la France ne représente plus que 22% des importations tunisiennes contre 25% en 2003. Elle s'arrogeait 16,5% du marché marocain en 2006 contre 24% en 2000. Lors de ses visites d'Etat en Tunisie et au Maroc le président de la République lance son idée d'une nouvelle Union pour la Méditerranée.
Défendue par Henri Guaino, conseiller spécial du président, et par Alain Le Roy, diplomate chargé de la question, cette Union se fera autour de projets communs : pollution, interconnexion électrique, accés à l'eau potable, éducation, recherche, régulation des flux migratoires, lutte contre le terrorisme. Vingt-cinq pays du pourtour de la Méditerranée sont concernés.
« L'Union pour la Méditerranée repose sur un principe : combler le fossé entre un Nord plutôt riche et un bassin méditerranéen beaucoup plus pauvre. Le but ? Rétablir l'équilibre en assurant un espace de paix et de sécurité. Bref, nous cherchons à améliorer le dialogue entre les deux rives », explique Alain Le Roy. L'Union pour la Méditerranée se veut un partenariat renforcé qui doit profiter aux deux rives. Ainsi, l'Europe cherche principalement à enrayer l'immigration clandestine en développant la prospérité à la source. Les 27 en tireront le bénéfice de dynamiser une Europe vieillissante et en manque de main d'oeuvre.
Le 13 mars 2008, le projet d'Union pour la Méditerranée est officiellement adopté par le Conseil Européen. Profitant de la présidence française de l'Union dès juillet, Nicolas Sarkozy veut organiser le 13 et le 14 juillet un sommet réunissant les pays concernés et l'UE pour lancer officiellement cette nouvelle entité.

Sur quels piliers cela va t-il reposer ?
Devant les freins qui ont bloqué le processus Euromed (conflits régionaux, droits de l'homme), la France propose de mettre de côté les questions qui fâchent. A l'image des pères de l'Europe qui en 1951 avaient commencé par créer la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), Nicolas Sarkozy veut créer des solidarités avant d'aborder les questions institutionnelles. Deux secteurs vont faire office de charbon et d'acier pour cette nouvelle Union.
L'énergie nucléaire civile est au centre des accords de coopération signée par la France avec la Libye, l'Algérie et les Emirats Arabes unis. La France cherche aussi, comme c'est le cas au Maroc avec Areva, à avoir accès aux potentielles ressources en Uranium de ces pays. Le contrat est le suivant : procéder à un transfert de technologies pour préparer ces pays à l'après-pétrole et alléger leur facture énergétique en échange pour la France de débouchés commerciaux et d'approvisionnement énergétique comme c'est le cas pour le gaz d'Algérie.
Le contrôle de l'immigration est également un secteur stratégique de l'UPM. Le Maroc est le premier bénéficiaire de l'aide française pour expérimenter le modèle d'immigration choisie défendu par Brice Hortefeux. A terme, tous les pays associés devraient engager des plans de contrôle des flux migratoires.

Quels blocages rencontrent l'Union pour la Méditerranée ?
Le premier blocage vient de l'intérieur de l'Europe. L'Allemagne n'apprécie pas le nouveau style de Nicolas Sarkozy qui ne s'est guère concerté avec ses partenaires. La chancelière allemande, Angela Merkel, a affirmé préférer une intensification de la coopération actuelle plutôt que de rajouter un étage supplémentaire à un édifice déjà fragile. L'Allemagne n'a pas non plus caché son scepticisme devant le pragmatisme français qui veut sceller une union avec des régimes non démocratiques et peu respectueux des droits de l'Homme.
Du côté Sud de la méditerranée, des voix discordantes se font également entendre. Pour rassurer l'Algérie, la ministre de l'Intérieur française a démenti les rumeurs pourtant persistantes sur le partage des rôles dans l'organigramme du projet dont l'Algérie serait exclue. Selon ces rumeurs, le Maroc prendrait le secrétariat général, la Tunisie le siège et l'Égypte bénéficierait de la présidence de l'Union. Le président Bouteflika envisage de boycotter la réunion du 13 juillet, si son pays ne figure pas dans le processus de construction du projet de l'Union pour la Méditerranée.
Côté Lybien, le colonel Mouammar Khadafi a considéré le 10 juin que l'initiative française d'Union pour la Méditerranée était « une sorte d'humiliation». Lors du sommet arabe convoqué à Tripoli il a affirmé « Nous ne sommes ni des affamés, ni des chiens pour qu'ils nous jettent des os. » Il a exprimé les réticences plus globales des pays arabes face à l'UPM dont l'Israël doit faire partie.
Face à la demande de « clarifications » faites par les pays arabes à propos de la présence d'Israël, Nicolas Sarkozy a rappelé que cette présence ne posait "pas de problème" à des pays arabes comme l'Egypte, la Tunisie et le Maroc. "Le roi du Maroc, sa Majesté Mohammed VI, non seulement chef d'Etat mais aussi chef des croyants, ne m'a pas indiqué que la présence d'Israël était un problème. Ce qui pose problème et qui fait la difficulté, c'est le processus (de paix israélo-palestinien) d'Annapolis qui semble être au ralenti", a-t-il déclaré
Par Leïla Slimani , Lexpress.fr - le 12/06/2008