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mercredi 30 avril 2008

L'union pour la méditerranée : rêve ou réalité?

Le lecteur pourra trouver grâce a ce livre, toutes les infos concernant les composantes de la Méditerranée a savoir : les discours fondateurs, les pays de l'Union,les organismes et les questions inhérentes a la Méditerranée.

Alors pour conclure nous dirons : cette union serait un rêve ou une réalité ? Nous souhaitons qu'elle soit un espoir est bien entendu une réalité pour le rapprochement et le développement mutuel des relations entre les pays de deux rives mais aussi entre les pays du sud eux mêmes.
L’idée de constituer une union autour de la Méditerranée avec ses pays riverains et certains pays européens ronronnent depuis un certain temps. Mais c'est surtout depuis les treize dernières années avec la constitution de l’Euromed (processus de Barcelone de 1995) que l'idée de rapprochement entre les deux rives a pris forme.Cette idée de l'union, combien souhaitée par le président Sarkozy en particulier, a connu une évolution lors du sommet européen de Bruxelles du 13 mars 2008. En effet, l'idée de ne faire adhérer que les pays du pourtour méditerranéen a été abandonnée au début du mois de mars à Hanovre lors de la rencontre franco-allemande entre Nicolas Sarkozy Angéla Merkel.39 pays sont impliqués : les 27 états membres de l'union européenne et 12 états du sud et de l'est de la Méditerranée, actuellement parties au processus de Barcelone.
La Turquie réserve pour l'instant son avis, bien qu'elle ait été rassurée par l'appel de Rome, qui précise que ce projet n'interférerait pas avec son processus d'adhésion. Le Liban et la Syrie ne se sont pas encore prononcés.

L'union pour la Méditerranée aura accompli une bonne mission si elle arrive a :-
- Faire prendre conscience à tous les pays de l'union que la lutte contre le changement climatique est une absolue nécessité.
-- Réussir la dépollution de la Méditerranée ainsi que sauvegarder le littoral méditerranéen, combien agressé par une forte urbanisation ce qui pose de graves problèmes écologiques.
-- Régler les problèmes de l'agroalimentaire et sauver les zones agricoles menacées.
-- Faire avancer l'utilisation tant souhaitée de l'énergie solaire.
-- Participer à relever le niveau de l'éducation des peuples et le rapprochement culturel entre les pays de l'union pour la Méditerranée.
-- Etre conscient, que seule la mise en place de mesures destinées à diminuer les flux migratoires entre l'Afrique et l'Europe (l'existence d'un espoir d'amélioration de la situation des pays du sud est aussi une source potentielle de retour ou de maintien sur place d'une jeunesse inoccupée qui puisse considérer positivement son avenir) donnera de bons résultats.

L'union pour la Méditerranée doit représenter un véritable levier de co-développement autour d'initiatives concrètes. Ce destin collectif pour la Méditerranée doit aussi permettre de saisir toutes les opportunités de croissance et de développement, qui accompagnent les exigences de stabilité, de sécurité et de développement économique et humain équilibré, préalable à un développement durable de part et d'autre du bassin méditerranéen.
Il est évident que tout cela nécessite un financement des projets émanant de cette union qui sera basé exclusivement sur les fonds alloués dans le cadre du processus de Barcelone, complétés par des financements issus du secteur privé. Beaucoup de responsables de l'union pensent que l'enveloppe budgétaire allouée à ce nouveau grand bébé doit connaître un bon rallongement pour la réussite de ses projets au sein de l'union pour la MéditerranéeÀ notre humble avis, le cadre dirigeant de l'union pour la Méditerranée est opportun avec la proposition de deux directeurs en provenance d'un état membre de l'union européenne et d'un autre pays non européen de la Méditerranée. Nommés pour deux ans, ils seront à la tête d'un secrétariat d'une vingtaine de personnes et seront établis dans une ville du sud de l'Europe. On nous a annoncé, Barcelone ou Marseille mais pourquoi pas une grande ville d'Afrique du Nord, du Maroc par exemple, ce qui démontrera encore plus la volonté de rapprochement entre tous ces pays des deux rives.Les sommets bisannuels qui seront tenus respectivement une fois en Europe et une fois dans un pays du sud, représentent a notre avis une bonne opportunité et constituent une très bonne idée.Le problème qui reste maintenant à mettre en place, c'est la réussite de l'union pour la Méditerranée elle-même. Ce sera l'objet du sommet du 13 juillet 2008 à Paris
Aziz Cherkaoui (l'auteur de l'ouvrage)
Source - eMarrakech.info - 22 avril 2008

vendredi 18 avril 2008

L'Union pour la Méditerranée entre rêve et utopie

Par Antoine Basbous. Le directeur de l'Observatoire des pays arabes détaille les obstacles qui se dressent sur la voie de l'Union pourla Méditerranée, un projet un défi qui exige réalismeet lucidité.
L'effervescence qui caractérise le débat sur «l'indiscutable utilité» de l'Union pour la Méditerranée (UPM), chère à Nicolas Sarkozy, est tout à fait légitime. Il n'est plus besoin de démontrer ses mérites pour tous les riverains, auxquels elle devra apporter prospérité, sécurité et stabilité. Mais l'enthousiasme n'est pas partagé par tous, sur chacune des deux rives. Pour réaliser ce rêve, il convient de déminer le terrain, de voir les réalités en face.Ne nous leurrons pas, le sud et l'est de la Méditerranée ne ressemblent en rien aux pays de l'Europe de l'Est qui se sont libérés de l'URSS et ont adopté le modèle de démocratie libérale en appliquant des recettes «clé en main». Malgré le joug communiste, les sociétés civiles de l'Est aspiraient à partager les valeurs de l'Occident.Avec l'UPM, il ne s'agit pas de rééditer cette expérience en intégrant le sud et l'est de la Méditerranée, mais de créer une association pour relever le défi du partage de la modernité et du développement. Car les deux rives n'adhèrent pas toujours aux mêmes valeurs culturelles et religieuses, et leurs dirigeants ne caressent pas les mêmes desseins politiques.La gouvernance des pays du Sud dresse de multiples obstacles au succès de ce projet. Du Maroc à la Turquie, ce ne sont pas moins de cinq conflits armés ou querelles frontalières qui empêchent toute coopération. S'y ajoute l'objectif stratégique des régimes «républicains» de se transformer en «monarchies» de facto. En Syrie, la dictature héréditaire des Assad a montré la voie. En Égypte, tout est mis en place pour que Gamal Moubarak succède à son père. En Libye, le colonel Kadhafi, qui a enterré De Gaulle, Pompidou et Mitterrand, prépare sa succession au profit de l'un de ses fils. Au pouvoir depuis 1987, le président tunisien s'apprête à faire modifier une fois de plus la Constitution pour s'offrir une présidence à perpétuité. Sans oublier Bouteflika, qui était déjà ministre en 1962 et qui souhaite amender la Constitution algérienne pour s'accorder un troisième mandat présidentiel, malgré son état de santé.En réalité, la principale préoccupation de ces dirigeants n'est pas d'intégrer un club de démocraties méditerranéennes, mais de sanctuariser leurs régimes et de maintenir leurs clans au pouvoir. Tout projet de modernisation menace leur souveraineté, leur pérennité politique. Donner la liberté à leur peuple, instaurer un État de droit ou offrir à leur jeunesse une véritable perspective, cela n'est pas à l'ordre du jour.


Au fond, la plupart des régimes concernés voudraient «cueillir» la contribution financière européenne sans avoir à bouleverser le quotidien de leur population, ni réformer leur gouvernance. Et il ne faut pas compter sur l'implication artificielle des États arabes du Golfe pour financer l'UPM. Car ces derniers disposent déjà d'ambitieux investissements à travers le monde et n'entendent nullement jouer la roue de secours d'un projet auquel ils sont étrangers. Quand bien même ils devaient investir, ils le feraient avec les instruments de la finance islamique.
Certains pays du sud et de l'est de la Méditerranée redoutent surtout que des libertés accordées à leurs citoyens ne débouchent sur leur renversement et que le courant d'air toléré ne se transforme en tempête qui les emporterait comme la perestroïka avait achevé l'URSS. In fine, le statu quo ne profite qu'à la mouvance islamiste, adossée aux mosquées, dont les régimes ne peuvent empêcher la fréquentation. La Mosquée devient l'alternative au Palais.
La fermeture du champ politique met en rivalité deux systèmes totalitaires et écarte toute hypothèse démocratique. Il n'y aura pas d'alternance par les urnes. Elle se fera un jour dans la rue, au profit des islamistes. Ce blocage structurel condamne le projet d'UPM, car comment s'associer dans des projets de développement aussi prometteurs, quand il y a une telle incompatibilité dans l'exercice du pouvoir et la gestion des affaires publiques.
Plus encore, si les islamistes arrivaient au pouvoir, rien ne garantit qu'ils adhéreraient à un tel partenariat de développement, tant ils sont animés par des pensées peu compatibles avec ce projet. Les «authentiques» perçoivent le monde comme une confrontation entre deux blocs, le leur et celui des «mécréants». Et ceux qui ont fait allégeance à al-Qaida ont pour mission de chasser les Occidentaux manu militari, à commencer par les Français et les Espagnols.
N'oublions pas que les cercles officiels qui bénissent l'UPM ne sont pas représentatifs de leurs opinions. Outre les islamistes, les nationalistes peuvent chercher à s'attribuer le beau rôle, en dénonçant le paternalisme ou le néocolonialisme européen. D'où l'impérieux besoin de voir les partenaires des autres rives s'approprier le processus engagé et de s'assurer que, dans leur ensemble, ils ne le perçoivent pas seulement comme une manne à accaparer.
Pour réussir l'UPM, il est donc impératif de regarder son partenaire droit dans les yeux, afin de mesurer son envie, sa compatibilité, ses promesses d'efforts quantifiables, pour embrasser ce projet. Pour autant, les difficultés ne doivent pas décourager les pionniers, mais les inciter à les contourner. Le projet sera long à mettre en place, sans garanties quant à son aboutissement. La réussite dépendra de la modification de la donne interne à chacun des partenaires du Sud et de l'Est méditerranéens. Ce défi mérite patience et persévérance, mais également réalisme et lucidité.
Journal le Figaro - 17 avril 2008

dimanche 13 avril 2008

L’Union pour la Méditerranée, c’est possible

L’économie mondiale se globalise, des blocs régionaux s’organisent pour constituer des ensembles, de plus en plus, grands, en termes de superficie, de population et de potentiel de consommation, de capacité d’innovation et de production, de force de conquêtes de marchés.
Le bouleversement économique annoncé risque fort de laisser, sur le bord de la route, les pays et les régions au potentiel socio-économique limité.
Le salut des pays économiquement faibles réside dans leur arrimage aux régions qui leur sont proches et qui peuvent tirer l’économie mondiale.
C’est le cas des pays sud-méditerranéens. Ils sont à la croisée des chemins, partagés entre leurs profondes racines nomades qui les poussent vers l’afro-arabisme et leur atavisme maritime qui les appelle vers un Nord paisible et prospère.
C’est, également, le cas des pays nord-méditerranéens qui hésitent entre un Nord atlantique puissant et un Nord ouralien plein d’espoir. C’est dans ce contexte chargé d’incertitudes que le président Nicolas Sarkozy a lancé, il y a presque un an, son Projet d’Union Méditerranéenne, devenu depuis, Union pour la Méditerranée, UpM, censée fédérer des pays qui partagent un héritage de cette mer dont l’histoire, comme disait Fernand Braudel, « n’est plus à séparer du monde terrestre que l’enveloppe de l’argile n’est à retirer des mains de l’artisan qui la modèle ».

Cette initiative suscite questionnements, réticences, inquiétudes, espoirs et prudence. Elle fait l’objet de réserves, voire d’une certaine forme d’opposition, de la part de pays européens éloignés de la Mer. Certains analystes y voient une façon, pour les pays du Nord, d’assurer, tout simplement, leurs sécurités :

  • sécurité des frontières en reportant sur les pays du Sud la lourde tâche de contrôler et d’arrêter l’immigration venant du Sud,
  • sécurité énergétique en obtenant des pays du Sud des accords préférentiels, gazier, pétrolier ou « uranique »,
  • sécurité environnementale en exigeant des pays du Sud qu’ils stockent leurs déchets (solides et liquides) sur leur territoire et qu’ils les traitent avant de les rejeter dans la mer.

Certes, ces préoccupations ne sont pas totalement absentes d’un tel projet. Reste que l’initiative offre de nombreuses opportunités qu’il appartient aux pays du Sud d’exprimer, de saisir et d’œuvrer à leur réalisation pour réduire les inégalités et assurer le développement durable que leurs populations attendent avec impatience.

Mais rien n’est possible sans, d’abord, une volonté politique qui oblige les pays du Nord à abandonner leur crainte et leur frilosité et les pays du Sud à s’engager pleinement dans la dure réalité économique. Cette volonté politique doit se traduire par la mise en pratique des affirmations répétées. Comme celle de Nicolas Sarkozy qui disait, lors de son voyage en Algérie, en décembre dernier : « je pense donc que toute mesure tendant à faciliter et à encourager les échanges humains entre nos pays relève d’une politique saine et avisée car elle servirait les intérêts bien compris de l’Algérie et de la France ». Elle doit proclamer, haut et fort, l’engagement des pays du Sud à promouvoir une véritable économie de marché qui permette le libre échange économique, dans le respect de leurs intérêts stratégiques et des garanties de justice, d’égalité et du profit mérité.

Concrètement, cela doit se traduire par l’ouverture de grands chantiers destinés à assurer le développement durable des deux rives, développement qui doit parvenir à l’effacement progressif et rapide des inégalités criantes qui existent entre les pays des deux rives. Et ces inégalités sont profondes. Il suffit de regarder les quelques chiffres qui suivent pour s’apercevoir de l’abîme qui sépare les pays du Sud et ceux du Nord.

RNB (Revenu National Brut). Chiffres 2006 en US$ par habitant. Source : Statistiques Banque Mondiale.

  • France 36.550, Grèce 21.690, Italie 32.020, Espagne 27.570
  • Algérie 3.030, Egypte 1.250, Libye 7.380, Maroc 1.900, Tunisie 2.970

Consommation électrique. Chiffres 2007 en TWh. Source : Agence Internationale de l’Energie. Entre parenthèses : Population en millions d’habitants

  • Algérie : 30 (pour 32,85 millions d’habitants), Egypte : 90 (74,03), Libye 19,5 (5,85), Maroc 19,5 (30.17), Tunisie 12 (10,03).
  • France 480 (62,7), Italie 322 (58,53), Grèce 58 (11,10), Espagne 267 (43,40).

Ressources en eaux renouvelables. Chiffres 2007, en m3 par an et par habitant. Source : Aquastat, FAO

  • Algérie 355, Tunisie 458, Egypte 779, Libye 104, Maroc 919
  • Espagne 2.707, France 3.555, Grèce 6.764, Italie 3.341

Indice de développement humain (IDH). Source Statistiques mondiales.com. (Echelle 2004 : Niger 0,311, Norvège 0,960)

  • Grèce 0,921, France 0,952, Italie 0,940, Espagne 0,949
  • Algérie 0,728, Maroc 0,640, Tunisie 0,760, Libye 0,798, Egypte 0,702.

Deux grands chantiers sont prioritaires : la formation et l’innovation d’une part, l’échange technologique d’autre part.




La formation et l’innovation

Si le pourcentage des diplômés de l’enseignement supérieur en science est équivalent, de l’ordre de 50%, dans les pays des deux rives, le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur, lui, varie de 30% en moyenne pour les pays du Sud de la Méditerranée à plus de 60% en moyenne dans les pays du Nord. Mais c’est surtout « l’utilisation économique » de ce potentiel humain qui interpelle.
Pour donner un exemple, l’Algérie disposait en 2005 d’environ 17.000 chercheurs dont quelques uns étaient employés dans l’entreprise (les chiffres sont similaires en Tunisie). En France et en Italie, les chercheurs travaillant en entreprise étaient, à cette époque, de 106.000 et 67.000 respectivement *.
L’Union pour la Méditerranée oui, si la diffusion et l’échange des connaissances sont réalisés au sein d’organismes d’enseignement et de recherche communs, qui profitent aux étudiants, scientifiques et chercheurs des pays des deux rives.

Si des postes de travail dans les entreprises des pays membres leur sont proposés pour leur permettre de parfaire leur formation et de nouer des liens avec d’autres salariés, collègues de futures joint-ventures à créer dans les pays du Sud.
Les pays du Sud affichant un retard grave dans ces domaines, gagneraient à voir s’installer sur leurs territoires des institutions pour la formation et l’innovation. Cela peut se matérialiser par la création d’établissements supérieurs de formation, de centres et de laboratoires de recherche spécialisés.

Dans un premier temps, ces « outils » pourraient être affectés à l’énergie -nucléaire, solaire, éolienne. Un Institut national des Sciences appliquées nucléaires, pourrait être créé dans un des pays du Sud. Des laboratoires de recherche répartis dans d’autres pays lui seraient rattachés. Cet institut formerait des compétences industrielles qui, tout en répondant aux besoins immédiats se prépareraient à la maîtrise des enjeux futurs qui sont les développements de l’industrie en général et de l’énergie nucléaire en particulier.
Un « ERASMUS » méditerranéen, où une participation des étudiants du Sud à ce programme européen, accélérerait l’immersion de ces étudiants dans un milieu universitaire diversifié. Les pays du Sud, engagés dans l’accueil des institutions à créer, devraient fournir les moyens en personnels et en infrastructures, ainsi que les « outils » administratifs, juridiques et techniques nécessaires à l’implantation et au fonctionnement de ces institutions.

Un fonds commun de formation destiné à financer les investissements des institutions et leur fonctionnement, alimenté par des aides des entreprises qui investissent dans les grands travaux, serait mis en place. Les innovations issues du travail des chercheurs bénéficieraient à tous les pays engagés dans le Projet, dans le respect des règles de protection de la propriété industrielle.
L’échange technologique
Les recettes extérieures des pays sud-méditerranéens proviennent essentiellement de l’exportation de matières premières (pétrole, gaz), de produits agricoles (légumes, agrumes, dattes...), de produits textiles et de confection, de matériaux de construction (ciments, briques...), de l’immigration et du tourisme. Hormis les matières premières et les quelques produits finis, les produits et services dépendent, en grande partie, des aléas climatiques ou des politiques sécuritaires.
Des étés trop humides ou des hivers trop secs, des menaces d’attentats et les recettes fondent.
Source : Base de données UNESCO
Les économies des pays du Sud peinent à entrer dans le club des pays à haute valeur ajoutée technologique. Leur balance commerciale relative aux produits technologiques (matériels industriels, médicaux, d’information et de communication, de transport...) est très largement déficitaire. Plus de 95% de leurs équipements technologiques sont importés des pays industrialisés.
Quand on sait l’importance de l’exportation de produits technologiques dans la balance commerciale, on comprend les efforts déployés par des pays avancés et émergents dans la recherche/développement.
Les pays sud-méditerranéens sont placés devant un non-choix : ils doivent obligatoirement développer leur recherche pour s’équiper et exporter de la technologie.

Une Union pour la Méditerranée oui, si elle permet aux pays du Sud d’initier et de développement, au-delà du transfert de technologie, un authentique « échange technologique » ou flux d’importation et d’exportation de biens d’équipement.
Cela passe par la mise en commun de compétences et de capitaux entre les entreprises des pays des deux rives au travers de prises de participation, de joint-ventures et de filiales. Un programme similaire au programme européen EUREKA favoriserait le « brassage technologique ».

Des liens privilégiés devraient être tissés entre les entreprises nouvellement créées et l’Institut de formation évoqué ci-dessus, afin de rentabiliser la recherche par la mise en œuvre commerciale des innovations de l’Institut.
Sans porter atteinte à une saine concurrence, les entreprises créées dans ce but devraient bénéficier de facilités pour pénétrer les marchés euro-méditerranéens dans un premier temps.
Des garanties seraient données aux investisseurs étrangers pour la protection de leurs investissements.
Pour lancer et opérer les projets évoqués ci-dessus, il serait souhaitable de créer un fonds (Agence méditerranéenne pour l’innovation et la recherche) alimenté par une taxe sur les contrats commerciaux lourds passés entre les grandes entreprises des pays des deux rives ; contrats d’achats d’installations industrielles ou de moyens de transport, contrats de construction de grands équipements hydrauliques, etc.
Ce fonds servirait au financement des institutions de formation et de recherche et à l’aide aux entreprises engagées dans des joint-ventures et des filiales.

Mais tous les efforts qui pourraient être entrepris pour créer une « puissance euro-méditerranéenne » seraient vains si l’on ne se prépare pas rapidement à améliorer la gouvernance des finances publiques et à faire des élus de la société civile et des citoyens, les vrais acteurs du développement durable, notamment dans les pays de la rive Sud. Les responsables politiques ne peuvent plus continuer de fermer les yeux sur les pratiques qui ont ruiné l’économie de certains pays.

Les politiques de compromission économique doivent cesser. Tout devrait être fait pour aider les pays du Sud à bien gérer les deniers publics : formation de compétences dans le domaine, orientation de l’aide financière vers des projets placés sous la responsabilité d’organismes euro-méditerranéens, responsables de la gestion de cette aide devant les instances politiques de l’UpM.

Autre dimension incontournable du développement durable : la démocratie. Le développement durable doit être le fruit des réflexions, des décisions et des engagements de l’ensemble des acteurs ; les politiques, les entreprises, les sociétés civiles. Il ne peut pas y avoir de développement durable sans la participation réelle et pérenne des citoyens qui vivent tous les jours la réalité économique, sociale, environnementale sur le terrain. « Every society, all government, and every kind of civil compact... is or ought to be, calculated for the general good and safety of the community ». George Mason, 1775. Ce qui pourrait être traduit par : « Toute société, tout gouvernement et tout groupe humain... est ou doit être conçu pour le bien général et la sécurité de la communauté ».
Les instances politiques à créer dans le cadre de l’Union devraient aider à l’instauration de la démocratie partout dans le bassin méditerranéen, une vraie démocratie construite grâce à un véritable travail de conviction, pas par la guerre.
Un Observatoire politique en Méditerranée collecterait et publierait des indicateurs de progrès démocratique dans l’espace euro-méditerranéen.
Comme tous les ensembles économiques régionaux matures ou en gestation, le bassin méditerranéen est face à son avenir. De son passé tumultueux est née une communauté d’intérêts.
La mer Méditerranée, comme l’a rappelé Jacques Attali*, est « une illusion parce que c’est un espace où se trouve, comme en miniature, toutes les tragédies du monde, toutes ses divisions, toutes ses injustices, toutes ses intolérances, toutes ses divisions économiques, sociales, politiques ; la Méditerranée est plus une utopie pour l’avenir qu’une réalité pour le passé, c’est un mix hérité de l’antiquité romaine et grecque qui a été imposé par les peuples du Nord aux peuples du sud et qui, aujourd’hui, pourrait renaître à condition d’être une alliance ».
La mer Méditerranée n’est pas morte. De nombreux liens unissent ses membres et des richesses à venir lui ouvrent les bras.
Par Madjid Chaker - Journal Chretien du Net. Samedi 12 avril 2008
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* Ingénieur
* « La Méditerranée ou l’ultime utopie ». Conférence inaugurale du Forum de Paris euro-méditerranée. Paris, le 28 février 2008

mercredi 9 avril 2008

Union pour la Méditerranée : Bienvenue au Souk

Forum de Paris, vendredi 28 mars. 17h30, Paris, XVème arrondissement. Petite foule compacte sur les marches de l’Unesco. Parapluies grands ouverts. Léger vent froid, pluie battante. Tout à l’opposé du climat méditerranéen.
De cette région du globe, nouvel enjeu déclaré de la prochaine présidence française de l’Union européenne. Après le traité de Lisbonne, petite avancée institutionnelle pour grand bras d’honneur à qui croirait encore que l’Europe peut être une construction citoyenne ; après la «relance» médiatique du projet de défense communautaire entre un canonier alsacien et une bombe italienne ; après un Grenelle de l’environnement depuis égaré dans une forêt d’autres dossiers ; après, après, après… Méditerranée, nouvelle marotte présidentielle.
Coquille vide, soulignent déjà certains, journalistes en tête. «Méchants journaleux», leur a répondu à peu de choses près, le lendemain matin, Henri Guaino, porte-plume de l’Elysée : «La première question qui nous a été posée était ‘très bien, mais comment allez-vous financer tout cela ?’ Ce sont les projets qui font l’argent, les richesses. Ce que nous voulons, c’est mettre en avant les intelligences, les créativités.»
Avec l’argent du «marché privé, des entreprises, des pays du Golfe» qui, pour l’anecdote n’ont pas attendu Guaino pour investir massivement dans cette région du monde. Mais bon…
Côté salle, avant Guaino il y eut Albert Mallet, président du Forum de Paris, Nonce Paolini, Directeur Général de TF1-LCI. Discours convenus, sans grand intérêt, option « je déclare ouverte la énième cérémonie des oscars du brainstorming politique…» Soupir(s)…
Puis, en guest star furtive – ne cherchez pas d’interview, l’homme les a toutes rejetées, allant jusqu’à s’éclipser avec une «rare élégance» par une porte dérobée – Jacques Attali. Un bon point : le discours, cette fois, bien moins convenu, pertinent. De ceux qui ne prennent pas de gants avec la réalité. A l’échelle internationale, «le tiers du tourisme, le tiers du commerce maritime, le quart du transit pétrolier sont en Méditerranée», mer qui n’accueille paradoxalement «plus aucun port significatif», à l’exception, peut-être de TangerMed, nouvellement ouvert.
Au sein de cette région, qui s’étend jusqu’aux Balkans, «la démocratie progresse extrêmement lentement», déroule l’homme. «Les guerres y sont de plus en plus nombreuses. La violence ne se calme pas, elle augmente (…) Les pays méditerranéens sont aussi de plus en plus différents. Les écarts de niveau de vie augmentent de l’un à l’autre ; la France, l’Espagne, l’Italie, représentent à eux seuls 80% du PIB méditerranéen (…)
Le statut des femmes, des enfants, de la presse, de la politique, est de moins en moins commun.»
Et puis, poursuit Attali, «comment pouvons-nous dire que cette mer nous est chère quand les pays riverains la polluent : 80% des rejets d’égouts finissent en mer. Nous assistons à une disparition de la flore, de la faune, des réserves poissonnières : rougets, dorades, etc.. La Méditerranée est un modèle réduit du cauchemar qui nous attend à l’échelle mondiale.» Un cauchemar que d’aucuns ne manqueraient pas de qualifier «de Darwin». «Et cela ne peut aller qu’en s’aggravant.
La Méditerranée est une bombe à retardement.» Ne parlons même pas de l’aspect démographique qui, eu égard à tout ce que l’ancien conseiller de Mitterrand a déjà listé, n’ajoute qu’à la noirceur du tableau.
Alors, Guaino, Sarkozy, sauveurs de ce modèle réduit de monde cannibale ? Pas sûr, tant le projet, n’en déplaise au moins au premier des deux hommes, agace par son flou ambiant. Les partenaires européens ont été mis devant le fait accompli. N’ont pas apprécié. Ont déjà riposté, par Merkel interposée. Sont revenus dans le jeu, en partie. La France n’ira pas, ne pourra pas y aller seule.
Pas même accompagnée des seules Italie et Espagne. Voilà pour le décor. Pour le reste, tout semble à faire. Attali lui-même le reconnaît. «Nous n’en sommes qu’au pré-pré-pré projet». Guaino parle. Parle beaucoup, mais les mots ne peuvent tout remplir, qui plus est quand les Etats du Sud n’ont même pas encore été consultés sur ce que le «service marketing» de l’Elysée vend déjà comme un partenariat Nord-Sud gagnant-gagnant.
Il est bien beau de déclarer «que nous ne voulons plus faire de l’aide au développement mais du développement» mais que penser quand un Nasser Kamel, Ambassadeur de la République Arabe d'Egypte en France, lance un «nous n’avons même pas été consultés.
Alors, comprenez qu’il nous est difficile de vous donner une réaction sur un tel projet.» Ou quand un Nassif Hitti, l’Ambassadeur de la Ligue Arabe en France, lâche un «nous avons eu quasiment le même débat avant Barcelone : sommes-nous aujourd’hui dans un Barcelone nouvelle génération ?! On parle de construire ensemble mais cela doit se faire dès le début. Il faut en outre clarifier les relations à venir entre la Politique européenne de Voisinage (PEV), le processus de Barcelone et le projet d’Union pour la Méditerranée».
Flou, trouble, inconsistance. Voilà en gros les caractériques principales de la nouvelle marotte sarkozyste. Ce que l’on sait sur le fond du projet est bien mince et ce n’est pas le refus de dernière minute du président français – pourtant annoncé en ouverture - de préciser son ambition à l’occasion du Forum qui éclairera jusqu’aux potentiels partenaires étatiques du projet… Pas plus que la gêne visible, dimanche à ce même Forum, de Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire d’Etat français aux affaires européennes.
Un Jouyet que d’aucuns ont désigné comme nerveux, très peu à son aise sur un sujet dont on peut commencer à craindre qu’il n’ait d’égal qu’un très shakespearien «Much Ado About Nothing».
Sur le plan institutionnel, un modèle de type Conseil des Etats de la mer baltique, tiendrait la corde, doté d’un secrétariat à parité – dans ses structures dirigeantes – entre le Nord et le Sud. Mais rien n’est moins sûr. Côté missions, celles-ci seraient concentrées autour de l’accès à l’énergie, à l’eau et autres projets environnementaux. Ancien ministre, président de la Fondation Res Publica, Jean-Pierre Chevènement y voit là l’occasion de développer l’énergie solaire, là où Attali, fin octobre souhaitait, depuis Rabat, vendre quelque technologie nucléaire civile.
Mais quid de la vision de Nicolas Sarkozy ? Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, prévient tout au plus que le premiers projets concrets – et ce n’est là que son analyse personnelle - devront être lancés dans les plus brefs délais pour crédibiliser la démarche. Et quoi de plus utile, de plus évident que de rassembler, au-delà de leurs divisions, les Etats méditerranéens sur l’avenir écologique, donc économique, de leur mer. Un peu, là encore, à l’image du Programme international d’action environnementale pour la mer Baltique, lancé en 1992.Reste, une fois encore, à savoir ce qu’en pense le président français. Comment, en cas d’approbation de celui-ci, réunir autant de pays qu’il est possible pour faire d’un vœu pieux une réalité, d’autant plus que la préservation de l’environnement a ici de forts relents de géostratégie ?
Lutter contre les pollutions, garantir l’accès à l’eau et à d’éventuelles sources d’énergies nouvelles dépasse en effet de très loin le simple cadre écologique. Préserver la faune et la flore marines n’est pas sans intérêt alimentaire, donc commercial et aussi social dans un contexte démographique des plus préoccupants. Multiplier les accès à l’eau ou en créer de nouveaux (désalinisation) pourrait désamorcer des conflits à venir. Créer de nouvelles richesses énergétiques, renforcer l’autonomie des acteurs du Bassin méditerranéen et assurer leur puissance financière.
Les questions ne manquent pas. Les moyens, concrets, si. Et plus encore le chiffrage à long terme. Un chiffrage pas uniquement financier mais humain, moral. Car s’il est une chose connue, assumée par Henri Guaino – donc on suppose par l’Elysée… - et partagée par de nombreux intervenants à l’occasion du Forum, est qu’il faudra laisser la politique où elle est. Bien sûr, Jean-Louis Guigou a sans doute raison de marteler que «si on ne fait rien avec la Méditerranée, la représentation économique de l’Union européenne dans les échanges internationaux passera de 22% à 12% d’ici quelques années».
Mais quel prix la France, l’Union européenne sont-elles prêtes à payer pour inverser la tendance ? Celui instaurant, comme l’assume justement Guaino, que «la démocratie et les droits de l’homme ne doivent pas être un préalable à l’Union pour la Méditerranée» ? Est-ce là toute l’ambition à venir de la présidence française de l’Union européenne ? S’asseoir sur les valeurs fondatrices de l’Europe?
Christophe Nonnenmacher est journaliste. Europeus.org. 31 mars 2008

mardi 8 avril 2008

L’Union pour la Méditerranée verrait le jour le 13 mai à Paris

Un Marocain à la tête du secrétariat général de la rive Sud. Le 13 mai 2008 verra la naissance de l’« Union pour la Méditerranée », lors de la tenue du premier sommet euro-méditerranéen dans la capitale française, sommet qui devrait se conclure par la « Déclaration de Paris ». 43 pays des rives Nord et Sud de la Mare Nostrum devront être invités à cette manifestation, selon M. Alain Leroy, ambassadeur chargé par le président français, Nicolas Sarkozy, de la préparation dudit sommet, outre la présence, en tant qu’observateurs, de la Ligue Arabe, du Conseil de Coopération du Golfe et de l’Union Africaine.
La dénomination officielle de la nouvelle entité sera : « Processus de Barcelone- Union pour la Méditerranée » et devrait avoir une présidence bicéphale, un président européen, qui devrait nécessairement être méditerranéen, et un autre de la rive Sud. D’après des informations qui ont circulé lors du 4ème « Forum de Paris », qui a consacré ses travaux cette année au projet de l’Union pour la Méditerranée, c’est le président français, Nicolas Sarkozy, qui devrait assumer la présidence pour la partie européenne et le président égyptien, Housni Moubarak, celle de la partie Sud. Les présidences seraient tournantes, la durée convenue des mandats étant de deux ans.

Des tractations en coulisses concernant la répartition des postes de responsabilités au sein de la nouvelle entité entre les pays membres se dérouleraient actuellement à Paris. Mais l’on sait déjà que le secrétariat général de l’Union aurait deux directions, l’une européenne, qui serait confiée soit à un Espagnol, soit à un Italien, l’autre de la rive Sud, qui reviendrait à un Marocain.

Le siège de la nouvelle entité devrait être installé à Tunis.
Le secrétariat général de l’Union pour la Méditerranée, qui serait constitué de vingt personnes, aura pour mission de mettre sur pied et d’assurer le suivi des projets décidés par l’Union et de préparer la tenue des réunions au sommet, qui devront avoir lieu tous les deux ans. Hubert Védrine, ex-ministre français des Affaires étrangères, cité par le quotidien « Asharq Al Awsat », a déclaré que la future entité n’aurait de l’union que le nom en l’absence d’institutions telles celles dont dispose l’Union Européenne. Mme Emma Bonino, ministre italienne des Affaires internationales et du Commerce international, a, pour sa part, affirmé qu’il fallait, après la création de l’Union pour la Méditerranée, rapidement lancer des projets. Un certain nombre d’agences doivent, donc, être mises sur pied pour servir d’outils opérationnels à la future entité.

Le projet de création d’une banque méditerranéenne pour le développement et l’investissement, à l’instar de la Banque Européenne pour l’Investissement, n’est cependant pas sûr de voir le jour et il est fort probable que la fonction de récolte des fonds nécessaires au financement des projets de l’Union sera confiée à une agence qui reste à créer.
A. NAJI - L'Opinion.ma - mercredi 2 avril 2008.

lundi 7 avril 2008

L’environnement, priorité de l’Union pour la Méditerranée

Antoine-Tristan Mocilnikar, ingénieur en chef des Mines, responsable de l’environnement et du développement durable pour la mission Union pour la Méditerranée, revient pour le JDLE sur les projets environnementaux.
Pouvez-vous pésenter votre rôle ?
Je travaille pour la présidence de la République depuis octobre au sein de la mission Union pour la Méditerranée, afin d’aider à la préparation du sommet du 13 juillet 2008 (1) concernant les aspects environnementaux et de développement durable.
Mon rôle est de participer, en concertation avec l’ensemble des parties et partenaires, à l’identification et à l’élaboration des projets dans ces domaines qui pourraient être retenus par les chefs d’Etat.. Mais le débat vient seulement d’être lancé.
Comment procédez-vous ?
Nous sommes actuellement dans une phase préliminaire, de consultation et de préfiguration. De manière générale, une des idées fortes de l'Union pour la Méditerranée est de construire une gouvernance à parité mettant les pays partenaires sur un pied d'égalité.
Les projets seront donc tous débattus et élaborés en commun. La France, très mobilisée sur ce dossier, a d'ores et déjà lancé plusieurs pistes de travail dont certaines, essentielles, concernent directement l’environnement.
Nous travaillons ainsi sur le financement de la dépollution de la mer Méditerranée, l’accès à l’eau et la gestion durable de l’eau, les autoroutes de la mer et le développement de l’énergie solaire.
Pouvez-vous en dire plus ?
Concernant la dépollution de la Méditerranée, l’idée est d’accélérer ce qui existe déjà, en partant de ce qui a été accompli au sein du processus de Barcelone lié à l’Union européenne et de la convention de Barcelone de 1976 sur la protection de cette même mer, rattachée quant à elle à l’Organisation des nations unies. 130 sites de dépollution ont été identifiés.
La Banque européenne d’investissement (BEI) a recentré la liste à 43 spots prioritaires. L’idée est maintenant de créer une liste des sites de dépollution les plus emblématiques, après avoir recueilli l’avis de tous les partenaires et bien intégré les principes de durabilité.
Quels seront les financements ?
Nous explorons l'ensemble des pistes et des types de financements. L'Union pour la Méditerranée a pour ambition d'utiliser au mieux l'ensemble des liquidités disponibles dans la zone, notamment issues de la coopération bilatérale, des banques régionales, des fonds souverains ou encore du secteur privé. Des financements proviendront notamment de l’Association française du développement (AFD), de la BEI et de la banque allemande KFW.
Concernant l’accès à l’eau ?
La démarche que nous discutons actuellement avec nos partenaires s’articule autour de trois volets.Nous proposons d’abord de créer un point unique de connaissances, notamment sur la réglementation autour de l’eau, sur son usage par les industriels et les collectivités, et d’identifier 20 à 30 projets exemplaires de récupération d’eaux usées, de captation d’eau douce émergeant dans la mer, d’amélioration des systèmes d’adduction d’eau, etc.
Ces projets doivent bénéficier d’une meilleure visibilité, pour avoir un accès plus aisé aux crédits, et trouver les portes des administrations ouvertes. A plus long terme, il semble nécessaire de fixer un objectif de limitation des fuites d’eau.
Qu’en est-il du développement de l’énergie solaire ?
Les acteurs de la zone estiment nécessaire d'augmenter la quantité d'énergie renouvelable d’origine solaire dans le mix énergétique de la région méditerranéenne, en développant le photovoltaïque, le solaire thermique, le solaire à concentration…
Il faut donner une cohérence aux divers éléments, et les doter financièrement. Nous réfléchissons donc à l'élaboration d'une stratégie mieux coordonnée régionalement.
Cela n’aurait pas été possible via le processus de Barcelone ?
Sans doute pas dans ces proportions, ni pour l'ensemble de ces projets. L'Union pour la Méditerranée vient donner une impulsion politique renouvelée au processus de Barcelone, qui était devenu bureaucratique et auquel les chefs d’Etat ne prêtaient plus autant d’attention. Elle apporte avec elle une dynamique de projets concrets particulièrement pertinente dans le secteur de l'environnement et du développement durable.
Vous parliez d’autres projets en lien avec le développement durable ?
Oui. Deux projets portent sur la coopération en matière de protection civile, en particulier risque d’incendie, et l’espace scientifique méditerranéen. Ces thèmes participent à la stratégie d'adaptation au changement climatique. Quant au projet financier d’aide aux PME, il concerne beaucoup le BTP, et donc l’efficacité énergétique.
Par Claire Avignon - Journal de l'environnement.net -8.04.2008
(1) Sommet au cours duquel l’Union pour la Méditerranée devrait officiellement être lancée

Méditerranée : Les funérailles de Barcelone

« L'essoufflement, pour ne pas dire pis, du processus de Barcelone ». « Echec de Barcelone donc, ou du moins enlisement ». Le constat est sans appel. Il est celui d'Elie Barnavi qui concluait dimanche le Forum de Paris, organisé pour cette édition 2008, sur un thème à la mode depuis l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence : l'Union méditerranéenne.
Euromed agonise. Et sans attendre ses funérailles, la communauté européenne veut lui trouver un successeur que l'on espère plus efficace. Mais avant de l'enterrer définitivement, il serait bon de revenir sur le processus lancé à Barcelone en 1995.

A sa naissance, le partenariat euro-méditerranéen regroupait les membres de l'Union Européenne et douze Etats du Sud et de l'Est de la Méditerranée - Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Israël, Autorité palestinienne, Jordanie, Liban, Syrie, Turquie, Chypre et Malte aujourd'hui membres à part entière de l'UE.

Objectif : multiplier les rencontres entre tous ces acteurs afin de convenir et d'avancer sur les grands chantiers politique, économique et financier, culturel, social et humain communs aux deux rives de la Méditerranée. Et, in fine, créer une zone de paix et de stabilité fondée sur le respect des droits fondamentaux, former une zone de prospérité partagée et contribuer à une meilleure compréhension mutuelle des peuples de la région.

En 2007, quel bilan en tirer ? A en croire les prestigieux orateurs du Forum le week-end dernier, il est presque nul. « Tout sauf Barcelone », entendait-on même presque dans les couloirs de l'UNESCO.
Bien sûr, le partenariat euro-méditerranéen tel qu'il a été pensé en 1995 a des défauts. Le principal : de ne pas instruire un dialogue entre égaux, ce que veut réparer la future Union. Bien sûr, il n'a pas rempli toutes les attentes qui avaient accompagné son lancement. Mais, dans l'UE, ce genre de constat a posteriori n'est pas rare. Bien sûr, le contexte a changé, les priorités ont évolué et le processus aurait bien besoin de modernisation.

Pourtant, il faut lui reconnaître quelques réussites. Les accords économiques d'association qui ont vu le jour ont permis de développer les échanges entre l'UE et ses voisins méditerranéens. Un bon point pour ces derniers même si, concernant les échanges Sud-Sud, il y a encore fort à faire.

Un peu à la manière de l'OMC, ce renforcement des liens économiques a tout de même permis de dépoussiérer et d'homogénéiser les législations nationales dans les domaines des règles de concurrence, des mouvements de capitaux... Toutefois, l'idée d'une zone de libre-échange à l'horizon 2010 semble définitivement rangée dans les cartons.

Sur le plan diplomatique et politique, les contacts entre voisins se sont multipliés malgré des histoires difficiles et des tensions croissantes alimentées notamment par le regain des extrémismes religieux et communautaires et du terrorisme. Dans ce contexte, on reconnaîtra aisément qu'il ait été laborieux pour ce partenariat de porter des questions sociales voire quasi philosophiques destinées à favoriser la compréhension entre les cultures et les échanges entre les sociétés civiles.

Finalement, Barcelone a peut-être pêché par excès, en ouvrant trop de chantiers à la fois. Et les intellectuels qui étaient rassemblés ce week-end semblent bien moins gourmands. Certains se sont même aventurés à conseiller à la future Union d'abandonner le domaine sécuritaire, de ne pas se montrer trop « expansionniste » et d'adoucir les contours de l'épineuse question des flux migratoires. Bref, de revoir totalement les bases posées par le président Sarkozy.

A Toulon, en pleine campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait été plus prolixe, dressant les quatre piliers de sa construction politique : une stratégie écologique avec, entre autres, une gestion commune de l'eau ; une politique commune de co-développement ; la coopération dans la lutte contre la corruption, le crime organisé et le terrorisme et la création d'un « espace judiciaire commun » ; enfin une politique commune d'immigration choisie. Le candidat à l'Elysée parlait alors d'une « Union de la Méditerranée », ouverte sur tout le bassin et laquelle donnerait toute sa place à la Turquie, pays pour le moins délicat.

Ce week-end, à l'UNESCO, l'intitulé avait changé. Une correction non des moindres. On ne parlait plus d' « Union de la Méditerranée » mais d' « Union pour la Méditerranée » : un changement de déterminant destiné à replacer les acteurs au sein de cette construction économique prioritairement, et à éviter toute paralysie qui serait due à une perception technocratique de la chose ou à trop de formalisme institutionnel.
Le défi est de taille : aller plus loin que Barcelone sans tomber dans les mêmes pièges et refaire les mêmes erreurs. « Il faut tirer les leçons de Barcelone, prendre appui sur ses acquis et aller plus loin », concluait dimanche dernier Elie Barnavi.
Alexandra Voinchet - ACDEFI - 03 avril 2008

Henri GUAINO : «l’Union pour la Méditeranée a une portée historique et le Liban doit s'y impliquer»

Un entretien exclusif pour « La revue du Liban », par Zeina el Tibi.

Zeina el Tibi – Depuis la chute de l’ancien bloc soviétique, la construction européenne s’est tournée vers l’Est, en oubliant le Sud. Dans un discours prononcé à Toulon le 7 février 2007, qui a conduit au projet “d’Union pour la Méditerranée”, M. Nicolas Sarkozy a déclaré que “le rêve européen a besoin du rêve méditerranéen”. En quoi consiste “ce rêve” évoqué par le président Sarkozy et comment le définissez-vous?

Henri Guaino – Malgré Barcelone, l’Europe a négligé la Méditerranée ; elle a eu tort. Vous citez le discours de Toulon, Nicolas Sarkozy a dit qu’en tournant le dos à la Méditerranée, “l’Europe et la France ont cru tourner le dos au passé. Elles ont, en fait, tourné le dos à leur avenir”.
Il ne s’agit pas, seulement, de retrouver un fonds commun, un héritage partagé mais, aussi, une ambition partagée. Il s’agit de regarder ensemble vers l’avenir. C’est, très précisément, l’objectif que se fixe le projet méditerranéen exposé par le président Sarkozy dans son discours de Tanger, le 23 octobre 2007.
Dans une seconde étape, le 2 décembre 2007 à Rome, le président français de la République et les chefs de gouvernement italien, Romano Prodi et espagnol, José Luis Zapatero, ont lancé un appel en faveur de l’Union pour la Méditerranée et ont annoncé la tenue d’une conférence à Paris en 2008.

Le paradoxe c’est que nos civilisations qui ont un extraordinaire héritage partagé, aient abouti à tant d’incompréhension et de divisions. Depuis 1500 ans, une aspiration profonde se manifeste en faveur de l’unité du monde méditerranéen, mais jusqu’à présent elle ne s’est exprimée que par la conquête et la domination. Il y a eu des invasions, des croisades, des colonisations qui ont toutes échoué. Depuis, les peuples se sont émancipés politiquement, mais les rapports de domination n’ont pas tous disparu.

Des formes de néocolonialisme se sont perpétuées dans un dialogue Nord-Sud, fondé sur un rapport très déséquilibré : nous sommes restés dans un rapport du faible au fort, du riche au pauvre, du dominant au dominé. Ce déséquilibre plus ou moins consciemment entretenu, dessine une invisible frontière entre les deux rives. Cela a été, notamment, le cas du processus de Barcelone qui n’a pas permis de développer une coopération équilibrée entre les deux rives de la Méditerranée.
L’échec était d’autant plus prévisible que la priorité de l’Europe était à l’Est. Ce que la France a proposé, rejointe par l’Italie et l’Espagne, c’est de faire de la Méditerranée une priorité et de remplacer cette relation déséquilibrée par une relation de partenariat.

L’objectif est de fonder ce partenariat sur l’égalité de droit et de dignité des pays qui ont la Méditerranée en partage. Dans l’Union pour la Méditerranée, chaque pays aura une part égale de responsabilité. Il ne s’agit pas, pour les pays de la rive Nord, de venir aider les pays de la rive Sud ; il s’agit avec eux d’assumer une destinée commune.
Il ne s’agit pas de leur faire la charité, mais de leur offrir d’être leur partenaire dans le développement, la culture et la paix. Il ne s’agit pas de donner des leçons ou d’imposer un quelconque modèle, mais de construire ensemble l’avenir dans le respect de l’autre.

Zeina el Tibi – Concrètement, qu’est-ce que cela signifie?
Henri Guaino – De sortir de ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Dans le cadre du processus de Barcelone, tel qu’il a fonctionné, l’Europe propose et dispose.
Les instances européennes décident de tout ; elles choisissent les projets, les financent et les contrôlent. Bref, on a traité la Méditerranée comme une périphérie de l’Europe. Il faut changer d’état d’esprit. Il faut que le Nord et le Sud réfléchissent et travaillent ensemble.
L’union telle que nous la concevons, ce sont des projets élaborés en commun, financés en commun, réalisés en commun. Contrairement, aussi, à l’esprit de Barcelone où on a fini par passer des accords bilatéraux entre l’Union européenne et chacun des pays méridionaux, l’idée c’est de travailler sur des projets d’intérêts régionaux.
Parfois, tous les pays de la Méditerranée travailleront sur un projet ; d’autres fois, ce sera seulement une partie des pays, mais l’essentiel est de mettre l’accent sur les intérêts régionaux. C’est donc une nouvelle forme de coopération qui veut faire du bassin méditerranéen un laboratoire du co-développement, où le développement se décide et se maîtrise ensemble.
Au lieu de faire de l’aide au développement, nous ferons du co-développement. Le but, est de créer des laboratoires communs de recherche, des universités communes, des pôles de compétitivité communs, de mutualiser les moyens, de fédérer les énergies, les compétences, les imaginations.
Cette coopération ne sera pas qu’économique et fera aussi une large place à la culture, l’éducation, la santé, le capital humain.L’objectif est d’être pragmatique et de résoudre ensemble les problèmes : le développement durable, l’énergie, les transports, l’eau, la sécurité.
Prenons l’exemple de l’immigration. L’Europe ne doit pas imposer aux pays du Sud sa politique d’immigration, ce qu’il faut, c’est réfléchir et concevoir une politique d’immigration commune. Les pays du Nord ne peuvent pas absorber un flux continu et incessant d’immigration massive, mais les pays du Sud ne peuvent pas accepter, non plus, la fuite des cerveaux et le départ de leur jeunesse. Il y a donc des objectifs et des intérêts qui peuvent être partagés. C’est la raison d’être de la proposition française : créer les conditions, les institutions, les règles qui permettent d’inscrire dans la durée un véritable partenariat entre tous les pays qui ont la Méditerranée en partage.
Zeina el Tibi – Qui dit projets, dit financement. Quels seront les moyens financiers?
Henri Guaino – L’union sélectionnera des projets ; elle les labélisera et ira chercher les financements. Ces projets seront présentés à l’Union européenne, à des institutions comme la Banque mondiale ou des banques de développement, à des fonds des pays arabes du Golfe ou encore au secteur privé.
L’expérience prouve que les bons projets trouvent toujours des financements.
Zeina el Tibi – Il semble que la proposition française puis, franco-italo-espagnole, a suscité une certaine méfiance de la part de pays de l’Europe septentrionale, en particulier de l’Allemagne…
Henri Guaino – Les divergences de vues entre Paris et Berlin sur le projet d’Union pour la Méditerranée reposaient sur beaucoup de malentendus. La France appelait à une solidarité des revenus sur un pied d’égalité. La chancelière Angela Merkel n’était pas opposée à une nouvelle dynamique euro-méditerranéenne, mais exprimait l’inquiétude que les pays européens se divisent.
Que l’idée d’une Union méditerranéenne ait provoqué autant de débats, c’est bien la preuve qu’il s’agit d’une idée forte en rupture avec les habitudes du passé.
Finalement, ce débat a révélé un intérêt beaucoup plus grand que l’on aurait pu le penser de tous les pays européens pour la Méditerranée. Personne ne voulait être dehors!
C’est tant mieux. A la suite du débat avec l’Allemagne, nous avons abouti au compromis de Hanovre qui est sans doute la meilleure synthèse entre le point de vue allemand et le point de vue français, ou entre les pays non riverains et les pays riverains de la Méditerranée.
Tous les pays membres de l’Union européenne seront membres de droit de l’Union pour la Méditerranée ; c’est le pas que la France a fait vis-à-vis de la position allemande. En contrepartie, tout le monde reconnaît que le processus euro-méditerranéen de Barcelone n’a pas produit et c’est le moins qu’on puisse dire, les effets escomptés et qu’il courait droit à l’échec.
On convient donc de réformer, de fond en comble, la relation euro-méditerranéenne et de la reconstruire sur cette idée de partenariat qui est, précisément, le cœur du projet d’Union pour la Méditerranée. Le processus de Barcelone devient Union pour la Méditerranée.
L’idée est de faire une sorte de GMed des pays membres. La gouvernance de cette Union sera assurée par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres ; elle sera coprésidée par un pays riverain du Nord et un pays riverain du Sud, un secrétariat permanent assistera la coprésidence.
Zeina el Tibi – Dans la mesure où l’union associera des pays européens non riverains, pourquoi ne pas associer des pays arabes non riverains qui appartiennent à la même aire socioculturelle, par exemple les pays du Golfe arabe? Après tout, les civilisations méditerranéennes, marquées par les religions monothéistes, trouvent aussi leur origine en Mésopotamie et en Arabie?
Henri Guaino – La Ligue des Etats arabes, qui rassemble tous les pays arabes, participera à l’union. Par ailleurs, nous n’écartons évidemment pas une coopération très poussée avec les pays arabes du Golfe. L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou Qatar ont, d’ailleurs, fait part de leur intérêt.
D’une manière générale, tous les pays qui voudront apporter une contribution aux projets portés par l’Union pour la Méditerranée seront les bienvenus.
Zeina el Tibi – Le projet méditerranéen est très ambitieux mais a-t-il des chances d’aboutir?
Henri Guaino – Le meilleur moyen de n’arriver à rien, c’est de rester à ne rien faire et de laisser les autres faire l’Histoire. Le succès sera une question de volonté politique. Evidemment, la volonté politique ne suffit pas à tout faire, mais c’est un moteur puissant.
Il faudra rompre avec les habitudes du passé et transgresser quelques tabous. Et je crois que tout le monde commence à être conscient que le projet d’Union pour la Méditerranée a une portée historique telle que chacun a le devoir de tout faire pour qu’il réussisse.
Si l’Union pour la Méditerranée réussit, ce sera le meilleur service qui pourra être rendu à l’Europe et au monde. En tout cas, le projet sera lancé lors d’un sommet à Paris, les 13 et 14 juillet prochain.
Mais le succès à long terme ne dépend pas que de la volonté des gouvernements. Il dépend, aussi, de notre capacité à mettre en mouvement les sociétés civiles. Le vrai défi politique est là : ce sont les citoyens de la Méditerranée qui feront l’Union pour la Méditerranée.
Zeina el Tibi – Peut-on dire que l’Union pour la Méditerranée qui, selon le président Sarkozy, s’inscrit dans la perspective d’une politique de civilisation, est une réponse à l’idéologie du “choc des civi-lisations”? Est-ce un moyen de promouvoir le dialogue et la compréhension entre elles?
Henri Guaino – Là encore, l’objectif est d’avancer. Le terme de dialogue ne doit pas renvoyer à des discours, certes fort louables, mais confinés à l’espace des conférences académiques. Il faut plutôt parler de compréhension, de respect et de solidarité.
Le temps n’est plus au dialogue, mais est à l’action. Il ne suffit pas de se rencontrer dans des colloques pour parler des différences entre les cultures ou de leurs connivences, le but est de construire ensemble.
Il faut renouer des solidarités actives entre nos civilisations.
Il ne s’agit pas de faire seulement de la Méditerranée un espace de dialogue et un pont entre le Nord et le Sud. Il s’agit d’en faire un foyer de paix, un creuset de développement durable et de culture.
Zeina el Tibi – Ce qui caractérise nos civilisations est qu’elles ont été marquées par les trois grandes religions du monothéisme: le judaïsme, le christianisme et l’islam…
Henri Guaino – Tout en restant fermement attachés à notre conception de la laïcité qui est l’institutionnalisation d’un respect de toutes les croyances, nous ne pouvons oublier que nous sommes dans le cadre d’un espace euro-méditerranéen où se sont développées ces trois religions.
Dans son discours de Riyad, le président Sarkozy a rappelé que, dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose qui vient de la religion.
Sans négliger ce que nous devons à la Mésopotamie, à l’Egypte, à la Grèce, à Rome, nos civilisations sont héritières du judaïsme, du christianisme et de l’islam. La question religieuse n’est pas un mot tabou. Certes, la foi de chacun n’est pas un sujet “politique”, mais les guerres de religions sont un sujet politique, le fondamentalisme religieux est un sujet politique.
La capacité d’un islam moderniste à s’imposer, est un sujet politique. Retrouver les origines communes, c’est-à-dire tout ce qui rapproche les religions du Livre et les civilisations qui en sont issues, renouer des solidarités entre nos civilisations et construire de “nouvelles Andalousies”, c’est un sujet politique.
C’est pourquoi, il faut suivre avec beaucoup d’intérêt les démarches du roi Abdallah d’Arabie saoudite visant à promouvoir le dialogue interculturel et interreligieux. Après sa visite historique au Pape, le roi d’Arabie a proposé, le 24 mars, d’organiser une grande rencontre entre les représentants des trois religions monothéistes. Cette initiative, venant du Gardien des Lieux Saints de l’islam, mérite d’être encouragée.
Zeina el Tibi – Est-il possible de construire solidement une Union pour la Méditerranée sans résoudre les crises politiques qui accablent cette région du monde: le différend algéro-marocain sur le Sahara marocain, l’affaire de Chypre, la crise libanaise et le problème de la Palestine?
Henri Guaino – Attendre peut être un bon prétexte pour ne rien faire. Soyons lucides : si nous subordonnons toute coopération entre les deux rives de la Méditerranée à la solution des crises, nous perdrons encore plus de temps et nous ne réglerons pas des problèmes urgents qui concernent tous les peuples et tous les pays de la Méditerranée.
Il ne s’agit pas d’ignorer les crises, mais d’avoir l’audace et le courage de faire le pari de travailler ensemble sur des dossiers concrets, sur des questions urgentes. Par exemple, le problème de la pollution en Méditerranée ne peut plus attendre, de même que les problèmes de l’énergie, de l’eau, etc...Tous ces problèmes extrêmement importants, ont besoin d’être pris en compte d’une manière urgente.
Le pari c’est qu’en prenant l’habitude de se rencontrer, de travailler ensemble sur des problèmes vitaux avec la volonté de trouver des solutions, nous pourrons créer un désir de vivre ensemble, une meilleure compréhension réciproque qui contribuera à résoudre les crises et à faire avancer la cause de la paix. Travailler ensemble est un bon moyen de tisser des solidarités concrètes de plus en plus étroites entre les peuples, d’apprendre à s’ouvrir les uns aux autres, à mieux se comprendre, à se respecter et, sans doute, au bout du compte, à moins se faire la guerre ou à moins s’affronter.
Ce processus d’ouverture progressive permettra de changer l’ambiance, les mentalités et les comportements en Méditerranée. En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, l’Autorité palestinienne et le gouvernement israélien ont manifesté leur intérêt pour le projet d’Union pour la Méditerranée.
Les réunir autour d’objectifs vitaux pour chacun d’eux est peut-être un moyen de les habituer à construire ensemble, en attendant le règlement définitif d’un conflit qui n’a que trop duré ; c’est-à-dire la création d’un Etat palestinien viable et souverain et la garantie de la sécurité de l’Etat d’Israël.
Zeina el Tibi – Il existe, également, des incertitudes sur la position de la Turquie, d’une part et la participation du Liban et de la Syrie, d’autre part…
Henri Guaino – Il doit être clair que tout le monde est invité à participer au projet. D’emblée, le choix de la France, clairement exprimé lors du discours du président Sarkozy à Tanger, a été de concevoir le projet avec tous les pays riverains, sans aucune exclusive.
Certains disaient qu’il ne fallait choisir que quelques pays qui ont déjà l’habitude de travailler ensemble ; la France a pensé qu’il fallait associer tous les pays, parce que l’objectif final est commun. Bien sûr, un choix différent aurait été plus facile, mais le projet n’aurait pas eu la même dimension. Cela dit, nous n’avons jamais sous-estimé les difficultés.
La Turquie craignait que l’Union pour la Méditerranée lui soit proposée comme une sorte d’alternative à sa demande d’adhésion à l’Union européenne. Les choses sont très claires. L’Appel de Rome (2 décembre 2007) a explicitement déclaré que l’Union pour la Méditerranée ne devait pas interférer “dans le processus de négociation en cours entre l’Union européenne et la Croatie, d’une part, entre l’Union européenne et la Turquie, d’autre part”. La Turquie a évidemment toute sa place dans ce projet.Pour ce qui est des autres, je le répète, la porte est ouverte à tout le monde.
En ce qui concerne plus particulièrement le Liban, on sait le rôle éminent qu’ont joué les Phéniciens dans la construction d’une identité méditerranéenne. Ils ont même été les premiers commerçants de la Méditerranée, comme le rappelle la grande exposition organisée à l’Institut du monde arabe à Paris sur le thème: “La Méditerranée des Phéniciens”.
Dans ces conditions, il est évidemment indispensable que le Liban s’implique dans le projet. Mais, tout le monde connaît la situation dramatique que vit le Liban aujourd’hui.
Une démocratie qui a du mal à fonctionner, le problème des rapports entre le Liban et Israël, le Liban et la Syrie, sans compter le jeu de l’Iran. C’est une autre facette du problème du Proche-Orient et du conflit israélo-arabe. Dans ce contexte, l’indépendance du Liban aujourd’hui n’est pas totale.
La France a tout fait pour aider le Liban à sortir de la crise. Elle a organisé, en juillet 2007, la rencontre interlibanaise au château de la Celle-Saint-Cloud, dans le but de renouer un dialogue constructif entre les différents blocs politiques. La France a tenté de jouer un rôle positif en permettant une reprise du dialogue entre les parties libanaises qui s’ignoraient totalement et en favorisant un consensus sur le nom d’un candidat à la présidence de la République.
Certes, la diplomatie française n’a pas réussi à débloquer la situation et ses tentatives n’ont pas été couronnées de succès, mais aurait-il fallu ne rien tenter? La France suit avec préoccupation la crise politique au Liban et reste naturellement très attentive et très mobilisée. La constante de la politique française est la défense de la souveraineté et de l’indépendance du Liban.
Zeina el Tibi – A Colombey-les-Deux-Eglises, lors de l’inauguration de l’historial Charles de Gaulle aux Invalides ou au plateau des Glières, l’un des grands symboles de la Résistance, le président Sarkozy se place dans la tradition “gaulliste”. Qu’est-ce que le gaullisme?
Henri Guaino – Le gaullisme n’est pas une doctrine ou une idéologie. C’est, bien sûr, une certaine idée de la France et de sa mission dans le monde ; une idée qui a été plus incarnée que théorisée.
Le gaullisme pourrait se définir comme un rapport à la politique, à l’Histoire. Le gaullisme c’est, avant tout, une histoire qui commence le 18 juin 1940 et signifie encore quelque chose pour nous. André Malraux a dit : “C’est la force du non dans l’Histoire”.
On pourrait dire, aussi, que le gaullisme, c’est la conviction que la France reste vivante quand elle l’est encore dans le cœur de quelques hommes qui sont décidés à se battre pour elle. C’est le refus du renoncement, la volonté de surmonter les déterminismes, le refus de la fatalité.
Propos recueillis par Zeina el Tibi (Paris) - Article paru dans «La Revue du Liban», n° 4152 du 5 au 12 avril 2008.

Union méditerranéenne - Cadre de coopération multilatérale ou instrument de leadership de la France ?

« Si tu rêves seul, ce n’est qu’un rêve ; si nous rêvons ensemble, c’est le début de la réalité. » Chant populaire sud-américain
Le projet d’union méditerranéenne (UM), dont le président français, Nicolas Sarkozy, s’accorde la paternité et en fait son cheval de bataille depuis février 2007, lors de sa campagne électorale, est présenté comme un espace de coopération multilatérale et de co-développement fondé par et au profit de tous les riverains de la Mare Nostrum, et au-delà des peuples d’Afrique et d’Europe septentrionale. Mais pour saisir les tenants et les aboutissants de ce « rêve de civilisation », l’initiative française doit être appréhendée, sur le plan géopolitique, dans le contexte d’un ordre mondial et régional caractérisé par une double rivalité franco-allemande au sein de l’Europe et franco-américaine à l’échelle transatlantique.
Par rapport à l’Allemagne, et nonobstant le mariage entre Paris et Bonn pour bâtir l’Europe d’après-guerre, la France veut s’affirmer dans son environnement de proximité à travers une union méditerranéenne dont elle sera le leader. Vis-à-vis des Etats-Unis, cette initiative régionale lui permettrait, sur le flanc ouest, de reconquérir le terrain perdu dans sa « chasse gardée » maghrébine, et sur le flanc est, de devenir un acteur essentiel sur l’échiquier moyen-oriental. Cette contribution propose une analyse des desseins inavoués du projet en question comme un axe de la politique méditerranéenne de la France.
Même si le concept d’UM demeure encore insuffisamment clair, on peut néanmoins s’interroger sur les gains escomptés de ses futurs membres et d’évaluer les chances de succès d’une telle ambition non dénuée d’arrière-pensées, à partir d’indices contenus dans les discours de ses défenseurs comme de ses adversaires.

L’idée n’est pas nouvelle
L’idée d’UM attribuée à Sarkozy n’a rien d’original comme le laissent entendre certains discours. Des propositions similaires ont été avancées depuis le milieu des années 1990 par des politiques et intellectuels européens qui ont positionné cette perspective sur le long terme (30 à 50 ans).
On cite à cet égard Jean-Louis Guigou et Dominique Strauss-Kahn, membre du parti socialiste français et actuel directeur général du FMI. Dans un rapport remis le 18 mai 2004 au président de la Commission européenne alors en exercice, Romano Prodi, et intitulé « Construire l’Europe politique - 50 propositions pour l’Europe de demain », Strauss-Kahn répertorie les solutions qui permettraient à l’Union européenne de dépasser sa crise politique issue du rejet néerlandais, danois et français du traité constitutionnel.
L’une de ces propositions a trait précisément à l’idée d’une union euroméditerranéenne (UEM) qui consisterait à ouvrir à terme l’Europe à l’ensemble des pays méditerranéens en commençant par la Turquie dès 2010. Suivraient alors les pays des Balkans et ceux du Maghreb alors que la Russie et l’Ukraine pourraient, eux aussi, rejoindre l’UEM. Cette dernière, qui se ferait selon le modèle du marché unique européen (politique agricole commune, fonds structurels, aide internationale…) serait donc, à terme, une vaste zone de libre-échange de cinquante pays et de plus d’un milliard d’habitants faisant plus de 80% du commerce entre eux, ce qui permettrait de contrebalancer la zone Amérique et l’ensemble Chine-Japon-Asie du Sud-Est à l’horizon 2015.
Ce projet, manifestement improbable, parce qu’il remettrait en cause les acquis de la construction européenne et contrarierait les desseins des pères fondateurs de l’Europe a néanmoins donné des idées plus réalistes à ceux qui veulent bâtir une union forte du vieux continent tout en pensant avoir trouvé une solution acceptable au problème de l’embarrassante Turquie qui frappe encore à la porte de l’UE. Loin de vouloir diluer cette Union européenne au sein d’un espace aussi vaste qu’hétérogène, Sarkozy veut préserver ce que beaucoup considèrent comme un « club de chrétiens », tout en proposant un nouveau cadre de coopération en Méditerranée qui ne supplanterait pas, selon lui, le processus de Barcelone dont tout le monde s’accorde à dire qu’il a, jusqu’ici, échoué.
Moins ambitieuse que le partenariat euro-méditerranéen mais plus réaliste dans ses objectifs, « l’UM sera d’abord une union de projets » à l’instar de ce que fût la Communauté européenne du charbon et l’acier (CECA) en 1951, en tant que premier noyau de l’actuelle UE. Autrement dit, l’UM sera à géométrie variable selon les projets (énergie, transports, sécurité,développement durable...), et doit s’exprimer dans un engagement des chefs d’Etat et de gouvernement sans entraîner, au moins au début, un quelconque aménagement institutionnel.
D’ailleurs, le sommet de la future UM, prévu le 13 juillet 2008 à Paris, au moment où la France reprendra la présidence de l’UE, sera informel et doté d’un léger secrétariat pour préparer les sommets suivants afin de ne pas créer une bureaucratie lourde, comme le précise Alain Le Roy, ambassadeur en charge de l’UM.Il est donc clair dans cette optique que la dénomination « union » paraît en déphasage avec le manque d’ambition institutionnelle du projet sarkozyen. Une véritable « union » entraîne une redistribution du pouvoir en profondeur, donnant lieu à la création d’instances supranationales avec un pouvoir de décision.
Or, l’union méditerranéenne risque de n’être qu’une juxtaposition de projets bilatéraux qui, en tout état de cause, relèvent de la coopération ordinaire entre Etats. Ce qui est palpable à ce niveau, c’est le recul de l’UM par rapport à l’approche multilatérale et globale qui caractérise le processus de Barcelone. Certes, les promoteurs du nouveau projet méditerranéen soutiennent que celui-ci sera complémentaire à l’Euromed, mais le risque du double emploi et de la confusion entre les deux initiatives sera difficile à éviter.
Si bien qu’il est à craindre l’enterrement du processus de Barcelone au profit d’une union souple basée sur le volontariat plutôt que sur l’engagement contraignant des Etats.Pourquoi alors tant d’enthousiasme des Français pour une nouvelle organisation régionale en Méditerranée, au moment où les possibilités offertes par les autres cadres de coopération (partenariat euroméditerranéen « PEM », politique européenne de voisinage « PEV », Forum méditerranéen, 5+5…), n’ont pas été, toutes, explorées ?

Un contrepoids à la centralité de l’Allemagne
Le forcing diplomatique de l’Elysée à l’effet de « vendre » son projet d’UM n’a d’égal que les dividendes escomptés en matière économique, sécuritaire et politico-stratégique. Au-delà des gains économiques (accès aux matières premières, garantie de débouchés…) et sécuritaires (lutte contre l’immigration clandestine provenant du Sud) qui sont incontestables, l’UM se présente, sur le plan politico-stratégique comme un instrument de leadership régional de la France.
Ce pays dont les ambitions impériales sont toujours vivaces, veut « (re)-méditerranéiser » l’Europe afin de faire de la Mare Nostrum le centre de gravité du vieux continent. « Tout se joue en Méditerranée » qui constitue « un enjeu pour notre influence dans le monde » déclarait le candidat Sarkozy dans un discours-programme prononcé à Toulon le 7 février 2007. « Je veux être le président d’une France qui engagera la Méditerranée sur la voie de sa réunification après douze siècles de divisions et de déchirements », martela-t-il à la même occasion.
Se faisant, le projet de l’UM permettrait de dépasser les lacunes d’un processus de Barcelone tiré vers l’Est, région où l’Allemagne est prépondérante. Avec la fin en 1989 du rideau de fer qui divisait l’Europe en deux blocs opposés, puis la dislocation de l’URSS en 1991, l’Allemagne recouvre non seulement son unité, mais aussi un rôle stratégique accru grâce à une centralité que lui envient d’autres puissances occidentales. Entourée désormais du groupe des pays d’Europe centrale et orientale (PECO), ayant rejoint le giron européen après s’être débarrassée du joug soviétique, l’Allemagne est en train de prospérer grâce aux nouveaux débouchés de l’Est.
Ce qui lui permet par ailleurs d’accentuer sa spécialisation dans les technologies de pointe. Puissance économique et technologique incontestable en Europe, l’Allemagne est en quête d’un nouveau rôle politique international que les pesanteurs historiques l’ont empêchée de jouer jusqu’ici. En revendiquant un siège permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, Berlin veut renforcer la position stratégique qu’elle occupe à l’échelon européen. Cette perspective inquiète des pays comme la France qui veut substituer une centralité de la Méditerranée à la centralité de l’Allemagne, perçue comme une espèce d’« hégémonisme » germanique par rapport à « l’humanisme latin ». A travers sa politique méditerranéenne, Paris cherche désormais un rééquilibrage de l’Europe au sud, quatre ans après l’avant-dernier élargissement de l’UE qui a nettement déplacé le centre de gravité vers l’Est.
De même que l’Allemagne a été le moteur de l’ouverture aux PECO, la France cherche à entraîner ses homologues méditerranéens vers un processus dont elle serait le leader. La persistance de cette rivalité latino-germanique peut surprendre aujourd’hui quand on sait que l’UE a été bâtie sur le socle du tandem franco-allemand. Mais, depuis l’effondrement du bloc de l’Est, c’est la crise permanente dans les relations bilatérales. Alors que l’Allemagne réunifiée tente de poursuivre une politique autonome, la France a toujours voulu modeler l’Europe et la Méditerranée à son image. Le dilemme du couple franco-allemand est que, d’une part, celui-ci sert à contrer la poussée de l’atlantisme incarnée par l’hégémonie américaine, et d’autre part, l’axe méditerranéen voulu par Paris se trouve, de fait, dirigé contre les prétentions allemandes au leadership.
En fait, entre Paris et Berlin, on assiste à la résurgence d’un nationalisme contraire à l’esprit du couple, puisque chaque Etat réagit en fonction de ses intérêts étroits. Le scepticisme de la chancelière allemande, Angela Merkel, par rapport au projet de l’UM en est une illustration. Bien que la future UM n’exclut pas les pays non-méditerranéens qui souhaiteraient y adhérer, force est d’admettre que le statut qu’aurait un pays comme l’Allemagne en son sein sera naturellement relégué au second plan.
Malgré ses liens méditerranéens à travers notamment la Turquie et Israël avec lesquels elle a une relation spéciale, l’Allemagne craint d’être marginalisée au sein d’une union qui serait dominée par la France et les pays de l’arc latin. Le risque du retour aux zones d’influence n’est pas une simple vue de l’esprit en Europe, l’Allemagne brandissant la menace de créer une union de la mer Baltique qui serait le pendant de l’UM telle qu’esquissée par Sarkozy.
En tout cas, la diplomatie française doit se montrer extrêmement habile pour convaincre Berlin et les pays nordiques de l’UE, que le projet d’UM ne s’inscrit pas dans une logique de recherche d’une zone d’influence mais dans celle d’une coopération multilatérale et solidaire non concurrente des autres processus existants. Le même effort diplomatique doit être entrepris en direction de la Turquie qui redoute que la nouvelle offre française ne soit qu’un ersatz à sa demande d’adhésion à l’UE.

Un ersatz à l’entrée de la Turquie dans l’UE ?
Ce n’est un mystère pour personne que la perspective d’adhésion de la Turquie au sein de l’UE a beaucoup d’opposants dans le vieux continent. Sarkozy en est un des plus farouches et il le fait savoir. Pour lui, « la Turquie n’a pas sa place dans l’Union européenne parce qu’elle n’est pas un pays européen ».
C’est donc dans la perspective de l’union méditerranéenne que les relations euro-turques doivent être envisagées selon le président français.
L’argument avancé est que l’Europe qui a une identité à préserver ne peut s’élargir indéfiniment, au risque de se diluer, surtout lorsqu’il s’agit d’accueillir un pays musulman, avec ses 67 millions d’habitants vivant sur un territoire, dont 97%, y compris la capitale Ankara, est situé en Asie. Sarkozy pourra-t-il donc contourner l’écueil de l’adhésion de la Turquie à l’UE en lui proposant l’UM ? Ankara a d’ores et déjà rejeté cette idée qui, il faut le souligner, a été depuis l’été 2007 soigneusement éludée dans les sorties publiques du président français pour ne pas fâcher un grand pays méditerranéen.
Les adversaires de l’entrée de la Turquie au sein de l’UE ne peuvent cependant pas nier le fait que la Turquie est un Etat à régime laïc depuis les réformes engagées par Mustapha Kemal Ataturk en 1923 et qu’elle est candidate à l’entrée dans l’UE depuis 1986. Ils ne peuvent non plus ignorer le fait que la « vocation européenne » de la Turquie, affirmée par de Gaulle et Adenauer en 1963 a été confirmée à maintes reprises par les Etats membres de l’UE comme ce fut le cas en 1999 lors du sommet européen de Helsinki, lorsque ce pays s’est vu accorder officiellement le statut de candidat à l’adhésion.
Par conséquent, le processus d’intégration de ce pays au sein de l’UE paraît inéluctable nonobstant le désir français de lui proposer autre chose que l’adhésion.La Turquie n’est pas au bout de ses peines pour autant. Elle doit poursuivre des réformes profondes,conformément aux critères de Copenhague que lui prescrit l’UE avant son accession réelle et faire en sorte que le projet méditerranéen, au cas où il était accepté, ne retarderait pas davantage son entrée dans l’Union européenne qui demeure un objectif prioritaire.
En outre, Ankara se trouve face à un dilemme : jouer la carte française afin d’aider au déplacement du centre de gravité européen en Méditerranée où elle peut se targuer d’un rôle de puissance régionale, ou s’opposer au projet de l’UM afin de préserver toutes ses chances de rejoindre le plus tôt possible la grande famille européenne. Même si « la question turque est désormais distincte du projet méditerranéen » à en croire un diplomate français de haut rang, les Turcs craignent que cette initiative les décentre de leur projet européen.
EL WATAN - 06.04.2008 - L’auteur est : Maître de conférences en Sciences politiques, université de Batna, chercheur associé au CREAD (Alger) et à l’IREMM (Aix-en-Provence)